Le pape François nous parle

Le pape invite les jeunes « à parler avec Dieu et de Dieu »

Salutations à l’audience générale sous le signe de saint Vincent Ferrier

 

5 AVRIL 2017

 

 

Le pape François a invité les jeunes à apprendre « à parler avec Dieu et de Dieu », à l’école de saint Vincent Ferrier, prêcheur dominicain fêté aujourd’hui, 5 avril 2017.

 

A l’issue de l’audience générale de ce mercredi place Saint-Pierre, le pape a salué les jeunes, les personnes malades et les nouveaux époux.

 

« Aujourd’hui, nous nous souvenons de saint Vincent Ferrer, prêcheur dominicain, a-t-il dit. Chers jeunes, apprenez à son école à parler avec Dieu et de Dieu, évitant de parler inutilement et de façon nuisible. »

 

« Chers malades, a poursuivi le pape François, apprenez de son expérience spirituelle à faire confiance en toutes circonstances au Christ crucifié. »

 

Le pape s’est adressé aussi aux jeunes mariés : « Chers nouveaux époux, ayez recours à son intercession pour assumer avec un engagement généreux votre mission parentale. »

 

Saint Vincent Ferrier (ou Vicente Ferrer en valencien) est né le 23 janvier 1350 près de Valence, en Espagne. À 19 ans, il entra dans l’Ordre des prêcheurs (dominicains). Docteur en théologie, ordonné prêtre en 1379, il consacra sa vie à l’évangélisation des peuples en parcourant pendant plus de 20 ans l’Espagne, l’Italie, la Suisse, le sud de la France et allant même jusqu’en Écosse. Orateur reconnu, il prêcha souvent dans de grands espaces extérieurs, accompagné de plusieurs disciples et rassemblant les foules. Il est mort le 5 avril 1419, en Bretagne.

« Que faisons-nous, nous chrétiens, de notre foi en Jésus Christ ? »

Deuxième prédication du p. Cantalamessa pour le carême

 

17 MARS 2017

 

 

 

« Que faisons-nous, nous chrétiens, de notre foi en Jésus Christ ? Je dirais même plus, que fais-je moi de ma foi en Jésus Christ ? », a interrogé le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, lors de la deuxième prédication du carême 2017 au Vatican, le 17 mars. « Si nous n’avons jamais réfléchi sérieusement à la chance que nous avons de croire en Jésus Christ, c’est peut-être l’occasion de le faire », a-t-il estimé.

 

La deuxième méditation du cycle des vendredis de carême avait pour thème « L’Esprit Saint nous introduit dans le mystère de la divinité du Christ ». Depuis la chapelle Redemptoris Mater du Palais apostolique, en présence du pape François et des responsables de la Curie romaine, le prédicateur s’est arrêté sur la divinité du Christ comme « pierre angulaire qui soutient les deux grands mystères de la foi chrétienne : la Trinité et l’Incarnation ». « Tout le monde croit que Jésus est ‘homme’, a-t-il noté ; ce qui fait la différence entre croyants et non croyants c’est de croire qu’il est Dieu ».

 

« A chaque époque et culture, a souligné le capucin, le Christ doit être proclamé ‘Dieu’, non pas dans une quelconque acception dérivée ou secondaire, mais dans l’acception plus forte que le mot ‘Dieu’ revêt dans telle culture ». En effet, « le salut exige que l’homme ne soit pas pris en charge par un intermédiaire quelconque, mais par Dieu lui-même ».

 

Le p. Cantalamessa a constaté dans la société actuelle « une présence-absence du Christ » : « à un certain niveau – celui du spectacle et des mass-médias en général – Jésus Christ est très présent » tel « une mode, un genre littéraire ». Mais « si l’on regarde le domaine de la foi (…) nous relevons, au contraire, une inquiétante absence, peut-être même un rejet de sa personne ». La plupart du temps, a-t-il ajouté, ceux qui se disent « croyants » croient « en l’existence d’un être suprême, d’un Créateur ; ils croient qu’il existe un ‘au-delà’. Mais ceci relève d’une foi déiste, pas encore d’une foi chrétienne. (…) Dans ce type de religiosité, Jésus Christ est pratiquement absent ».

 

Au fil de sa méditation il a invité à se « laisser frapper en plein visage par la question que Jésus posa à ses disciples : ‘Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?' ». Il s’agit aujourd’hui, a-t-il insisté, de « recréer les conditions pour une foi en la divinité du Christ sans réserves et sans réticences. (…) On en a de nouveau besoin ».

 

Citant l’exclamation du Christ « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! », le p. Cantalamessa à expliqué pourquoi les chrétiens étaient « heureux » : « Parce que vous connaissez le sens de la vie et de la mort, parce que ‘le royaume de Dieu est à vous’ (…)  dans le sens que vous en faites déjà partie, en savourez les primeurs ». « La plus belle des phrases qu’une épouse puisse dire à son époux et vice-versa est : ‘Tu m’as rendu heureuse!’ Jésus mérite que son épouse, l’Eglise, le lui dise du plus profond de son cœur », a-t-il conclu.

 

Voici notre traduction intégrale de la méditation du prédicateur.

 

AK

 

Prédication du p. Raniero Cantalamessa, ofmcap

 

1. La foi de Nicée

 

Poursuivons, dans cette méditation, notre réflexion sur le rôle de l’Esprit Saint dans la connaissance du Christ. A ce sujet, on ne peut ignorer un phénomène présent aujourd’hui dans le monde. Il existe depuis longtemps un mouvement dit des « Juifs messianiques », c’est-à-dire de juifs-chrétiens. (« Christ » et « chrétien » ne sont que la traduction grecque des mots juifs Messie et messianique!). Une estimation par défaut parle de 150 000 adhérents, divisés en divers groupes et associations, particulièrement répandus aux Etats-Unis, en Israël et dans différents pays d’Europe.

 

Ces juifs croient que Jésus, Yeshoua, est le Messie promis, le Sauveur et le Fils de Dieu, mais ne veulent absolument pas renoncer à leur identité et à leur tradition juive. Ils n’adhèrent officiellement à aucune des Eglises chrétiennes traditionnelles, car leur objectif est de se reconnecter à l’Eglise primitive des judéo-chrétiens et de la faire revivre, après l’interruption de son expérience aux origines du christianisme.

 

L’Eglise catholique et les autres Eglises se sont toujours abstenues de promouvoir, voire de mentionner, ce mouvement pour des raisons évidentes de dialogue avec le judaïsme officiel. Moi-même je n’en ai jamais parlé. Mais maintenant la conviction se répand qu’il n’est pas juste de continuer à les ignorer, ou pire, de les rejeter, de part et d’autre. Un groupe de théologiens a sorti depuis peu en Allemagne une étude sur le phénomène1. Si j’en parle ici, c’est pour une raison bien précise, liée au thème de ces méditations. A une enquête sur les facteurs et les circonstances qui sont à l’origine de leur foi en Jésus, plus de 60% des personnes interrogées ont répondu : « une transformation intérieure sous l’action de l’Esprit Saint »; en deuxième position on trouve la lecture de la Bible et en troisième position, des contacts personnels2. Une confirmation donc par la vie que l’Esprit Saint est celui qui donne la vraie, l’intime, connaissance du Christ.

 

Reprenons maintenant le fil de nos considérations historiques. Tant que la foi chrétienne restait étroitement liée au milieu biblique et judaïque, la proclamation de Jésus Seigneur (« Je crois en un seul Seigneur Jésus Christ ») satisfaisait toutes ses exigences et justifiait le culte de Jésus « comme Dieu ». Seigneur, Adonaï, était en effet pour Israël un titre sans équivoque; qui n’appartenait qu’à Dieu. Appeler Jésus « Seigneur », équivaut donc à le proclamer Dieu. Nous avons la preuve irréfutable du rôle exercé par le titre Kyrios aux débuts de l’Eglise comme expression du culte divin attribué au Christ. Dans sa version araméenne Maran-atha (le Seigneur vient), ou Marana-tha (Viens, Seigneur!), il apparaît déjà dans saint Paul comme formule liturgique (1 Co 16, 22) et il est un des rares mots conservés dans la langue de la première communauté3.

 

Mais dès que le christianisme entre en contact avec le monde grec romain environnant, le titre de Seigneur, Kyrios, ne suffisait plus. Le monde païen connaissait beaucoup et divers « seigneurs », dont le premier de tous était l’empereur romain. Il fallait trouver un autre moyen de garantir la pleine foi en Jésus Christ et son culte divin. La crise arienne en donna l’occasion.

 

Ceci nous introduit à la seconde partie de l’article sur Jésus, celle qui fut ajoutée au symbole de foi lors du concile de Nicée, en 325:

 

« Né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature (homoousios) que le Père ».

 

L’évêque d’Alexandrie, Athanase, champion indiscutable de la foi nicéenne, est bien convaincu que ni lui ni l’Eglise de son époque ne sont les auteurs de la découverte de la divinité du Christ. Toute son œuvre consistera, au contraire, à montrer que cela a toujours fait partie de la foi de l’Eglise; que ce qui une invention récente n’est pas vérité, mais plutôt l’hérésie contraire. Sa conviction à ce propos trouve une confirmation historique et indéniable dans la lettre que Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, a écrite à l’empereur Trajan aux alentours de l’an 111 ap. J-C. La seule information sûre que celui-ci affirme posséder sur les chrétiens est qu’ils ont « l’habitude de se rassembler à un jour fixe avant l’aube, et de chanter un hymne au Christ comme à un dieu » (« carmenque Christo quasi Deo dicere »)4.

 

La foi en la divinité du Christ existait donc déjà et ce n’est qu’en ignorant complètement l’histoire qu’on a pu affirmer que la divinité du Christ est un dogme voulu et imposé par l’empereur Constantin au concile de Nicée. L’apport des Pères de Nicée et en particulier d’Athanase, est surtout d’avoir levé les obstacles qui empêchaient jusqu’ici une reconnaissance pleine et sans réticences de la divinité du Christ dans les discussions théologiques.

 

L’un des obstacles était l’habitude grecque de définir l’essence de Dieu par le terme agennetos, inengendré. Comment proclamer que le Verbe est le vrai Dieu, si celui-ci est Fils, c’est-à-dire engendré par le Père ? Il était facile pour Arius d’établir l’équivalence: engendré égal fait, et conclure avec la célèbre phrase « Il fut un temps où il n’était pas ! » (en ote ouk en), qui déclencha toute l’affaire. Cela revenait à faire du Christ une créature, même si différente des autres créatures . Athanase résout la controverse par une observation essentielle: «  Le terme agenetos fut inventé par les grecs parce qu’ils ne connaissaient pas encore le Fils »5 et il défendit avec acharnement l’expression « engendré, mais non fait », genitus non factus, de Nicée.

 

Un autre obstacle culturel à la pleine reconnaissance de la divinité du Christ, sur lequel Arius avait pu faire jouer sa thèse était la doctrine d’une divinité intermédiaire, le deuteros theos, préposé à la création du monde. A partir de Platon, elle est devenue une donnée commune à tant de systèmes religieux et philosophiques de l’antiquité. La tentation d’assimiler le Fils, « par lequel tout est créé », à cette entité intermédiaire traînait encore dans la spéculation chrétienne (Apologistes, Origène), même si elle était étrangère au vecu de l’Eglise. Il en découla un schéma tripartite de l’être: au sommet, le Père inengendré ; après lui, le Fils (et plus tard aussi l’Esprit Saint); en troisième position, les créatures.

 

La définition du « genitus non factus » et de l’homoousios, lève cet obstacle et opère la catharsis chrétienne de l’univers métaphysique des grecs. Une seule ligne de démarcation est tracée sur la verticale de l’être. Il existe deux seules façons d’être : celle du créateur et celle des créatures. Le Fils appartient à la première, pas à la seconde catégorie.

 

Pour résumer en une phrase la signification permanente de la définition de Nicée, nous pourrions la formuler ainsi : à chaque époque et culture, le Christ doit être proclamé « Dieu », non pas dans une quelconque acception dérivée ou secondaire, mais dans l’acception plus forte que le mot « Dieu » revêt dans telle culture.

 

Il est important de savoir ce qui motive Athanase et les autres théologiens orthodoxes dans la bataille, c’est-à-dire, d’où leur vient une certitude si absolue. Non de la spéculation, mais de la vie ; plus précisément, de la réflexion sur l’expérience que l’Eglise, grâce à l’action de l’Esprit Saint, fait du salut en Jésus Christ.

 

L’argument sotériologique n’apparaît pas avec la controverse arienne ; il est présent dans toutes les anciennes controverses christologiques, de la controverse anti-gnostique à la controverse anti-monothélite. Dans sa formulation classique, il résonne ainsi : « Ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé » (« Quod non est assumptum non est sanatum »)6. Dans l’usage qu’en fait Athanase, le principe peut être ainsi spécifié : « Ce qui n’est pas assumé par Dieu n’est pas sauvé », où toute la force repose sur ce petit ajout « par Dieu ». Le salut exige que l’homme ne soit pas pris en charge par un intermédiaire quelconque, mais par Dieu lui-même : « Si le Fils était une créature, écrit Athanase, l’homme resterait mortel, n’étant pas uni à Dieu », et encore : « L’homme ne serait pas divinisé, si le Verbe qui devint chair n’était pas de la même nature que le Père »7.

 

Toutefois une précision importante s’impose. La divinité du Christ n’est pas un « postulat » de la  raison pratique », comme l’est, pour Kant, l’existence même de Dieu8. Elle n’est pas un postulat, mais l’explication d’un « état de fait ». Elle serait un postulat, et donc une déduction humaine théologique, si l’on partait d’une certaine idée du salut et en déduisait que la divinité du Christ est seule capable d’opérer ce salut; elle est en revanche l’explication d’un fait si l’on part, comme le fait Athanase, d’une expérience de salut et démontre que celle-ci ne pourrait exister si le Christ n’était pas Dieu. Autrement dit, ce n’est pas sur le salut que se fonde la divinité du Christ, mais sur la divinité du Christ que se fonde le salut.

 

2. « Pour vous, qui suis-je? »

 

Mais venons-en à nous et voyons la leçon que nous pouvons tirer aujourd’hui de l’épique bataille soutenue à l’époque par l’orthodoxie. La divinité du Christ est la pierre angulaire qui soutient les deux grands mystères de la foi chrétienne : la Trinité et l’Incarnation. Ces derniers sont comme deux portes qui s’ouvrent et se referment ensemble. Il existe des édifices ou des structures métalliques où, quand on touche un certain point ou retire une pierre à un certain endroit, tout s’écroule. Pareil pour l’édifice de la foi chrétienne, qui a sa pierre angulaire dans la divinité du Christ. On l’enlève et tout tombe, la Trinité avant toute autre chose. Si le Fils n’est pas Dieu, de qui est formée la Trinité ? Saint Athanase l’avait déjà clairement dénoncé, en écrivant contre les Ariens :

 

« Si le Verbe n’existe pas en même temps que le Père depuis l’éternité, alors il n’existe pas de Trinité éternelle, mais il y eut d’abord l’unité et c’est ensuite, au fil du temps, par accroissement, que la Trinité s’est formée »9.

 

Saint Augustin disait: « Il n’est pas difficile de croire que Jésus est mort ; les païens le croient également; tout le monde le croit. Mais ce qui est vraiment grand, c’est de croire qu’il est ressuscité. La foi des chrétiens est la résurrection du Christ »10. On dit cela de la mort et de la résurrection, mais il faut le dire aussi de l’humanité et de la divinité du Christ, dont la mort et la résurrection sont les manifestations respectives. Tout le monde croit que Jésus est « homme » ; ce qui fait la différence entre croyants et non croyants c’est de croire qu’il est Dieu. La foi des chrétiens est la divinité du Christ!

 

Nous devons nous poser une question sérieuse. Quelle place Jésus occupe-t-il dans notre société et dans la foi même des chrétiens ? Je pense à ce propos que nous pouvons parler d’une présence-absence du Christ. A un certain niveau – celui du spectacle et des mass-médias en général – Jésus Christ est très présent. Dans une série interminable de récits, films et livres, les écrivains manipulent la figure du Christ, sous prétexte parfois de fantomatiques nouveaux documents historiques sur lui. C’est devenu désormais une mode, un genre littéraire. On spécule sur la vaste résonnance du nom de Jésus et sur ce qu’il représente pour une large partie de l’humanité, pour s’assurer une large publicité à bon marché. J’appelle ça du parasitisme littéraire.

 

Dans une certaine mesure nous pouvons donc dire que Jésus Christ est très présent dans notre culture. Mais si l’on regarde le domaine de la foi, auquel il appartient en premier lieu, nous relevons, au contraire, une inquiétante absence, peut-être même un rejet de sa personne. En quoi croient, en réalité, ceux qui se disent « croyants » en Europe et ailleurs ? La plupart du temps, ils croient en l’existence d’un être suprême, d’un Créateur ; ils croient qu’il existe un « au-delà ». Mais ceci relève d’une foi déiste, pas encore d’une foi chrétienne. Plusieurs enquêtes sociologiques ont relevé cet état de fait aussi dans des pays et des régions de vieille tradition chrétienne. Dans ce type de religiosité, Jésus Christ est pratiquement absent.

 

Le dialogue entre « science » et « foi » porte lui aussi, sans le vouloir, à une mise entre parenthèses du Christ. Celui-ci a en effet pour objet Dieu, le Créateur. La personne historique de Jésus de Nazareth n’y a aucune place. Il arrive la même chose dans le dialogue avec la philosophie qui aime s’occuper de concepts métaphysiques et non de réalités historiques, pour ne pas parler du dialogue interreligieux où l’on discute de paix, d’écologisme, mais certes pas de Jésus.

 

Un simple coup d’œil au Nouveau Testament suffit pour voir à quel point nous sommes loin, dans ce cas, du sens originel du mot « foi ». Pour Paul, la foi qui justifie les pécheurs et confère l’Esprit Saint (Gal 3,2), autrement dit, la foi qui sauve, c’est la foi en Jésus Christ, dans son mystère pascal de mort et résurrection.

 

Durant la vie sur terre de Jésus, le mot « foi » indique déjà une foi en lui. Quand Jésus dit: « ta foi t’a sauvé », quand il réprimande les apôtres en les appelant « hommes de peu de foi », il ne parle pas d’une foi générale en Dieu qui allait de soi parmi les juifs ! Cela suffit pour démentir la thèse selon laquelle la foi en Jésus Christ ne commence qu’avec la Pâque, qu’avant il n’y avait que le « Jésus de l’histoire ». Le Jésus de l’histoire est déjà quelqu’un qui demande foi en lui et si les disciples l’ont suivi c’est justement parce qu’ils avaient une certaine foi en lui, même si cette foi était très imparfaite avant la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte.

 

Nous devons donc nous laisser frapper en plein visage par la question que Jésus posa à ses disciples après que ceux-ci lui eurent rapporté ce que les gens disaient de lui: «  Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Et par celle encore plus personnelle: « Toi, crois-tu ? » Crois-tu vraiment ? Crois-tu de tout ton cœur ? Saint Paul dit : « C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut » (Rm 10,10). Et saint Augustin s’exclame : « C’est de la racine du cœur que monte la foi »11.

 

Jadis, le deuxième mouvement de ce processus – c’est-à-dire professer une vraie foi, l’orthodoxie – a pris parfois une telle importance que le premier mouvement, qui est le plus important et a lieu dans les profondeurs intimes du cœur, a été laissée dans l’ombre. Presque tous les traités « Sur la foi » (De fide) écrits dans l’Antiquité, s’occupent des choses à croire, et non du fait de croire.

 

3. Qui est donc vainqueur du monde

 

Nous devons recréer les conditions pour une foi en la divinité du Christ sans réserves et sans réticences. Reproduire l’élan de foi dont est née la formule de foi. Le corps de l’Eglise, un jour, a accompli un effort suprême, qui l’a élevé, dans la foi, au-dessus de tous les systèmes humains et de toutes les résistances de la raison. Un jour, le niveau de la marée est monté au maximum et il en est resté le signe sur la pierre. Ce signe c’est la définition de Nicée que nous proclamons dans le Credo. Mais il faut que cette montée se reproduise, le signe ne suffit plus. Répéter avec les lèvres le Credo de Nicée ne suffit pas ; il faut renouveler l’élan de foi qui eut lieu alors en la divinité du Christ et qui n’a plus eu son pareil dans les siècles. On en a de nouveau besoin.

 

On en a besoin avant tout en vu d’une nouvelle évangélisation. Saint Jean écrit, dans sa première lettre : « Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? (1 Jn 5,4-5). Nous devons bien comprendre ce que veut dire « vaincre le monde ». Cela ne veut pas dire recueillir plus de succès, dominer sur la scène politique et culturelle. Ceci serait plutôt le contraire: ne pas vaincre le monde, mais se mondaniser. Hélas, ne sont pas rares les cas où nous sommes tombés, sans nous en rendre compte, dans cette équivoque. Même si nous devons être toujours attentifs à ne pas juger le passé avec les critères et les certitudes du présent, pensons aux théories des deux épées ou du triple règne du souverain pontife. D’un point de vue temporel, il arrive plutôt le contraire, et Jésus l’annonce à ses disciples: « Vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira » (Jn 16,20).

 

Donc tout triomphalisme est exclu. Il s’agit d’une victoire de tout autre nature: d’une victoire sur ce que le monde, lui aussi, déteste et n’accepte pas de lui-même: la temporalité, la caducité, le mal, la mort. C’est en effet ce que signifie, dans son acceptation négative, le terme « monde » (kosmos) dans l’Evangile. Et c’est en ce sens que Jésus dit : « Courage ! Moi, je suis vainqueur du monde” (Jn 16, 33).

 

Comment Jésus a-t-il vaincu le monde ? Certainement pas en écrasant les ennemis avec « dix légions d’anges », mais plutôt, comme le dit saint Paul « en tuant la haine » (cf. Ep 2, 16), soit tout ce qui sépare l’homme de Dieu, l’homme de l’homme, un peuple d’un autre peuple. Pour qu’il n’y ait pas de doute sur la nature de cette victoire sur le monde, celle-ci est inaugurée par un triomphe spécial, celui de la croix.

 

Jésus a dit: « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Ces paroles sont les plus reproduites dans la page du livre que le Pantokrator tient ouvert dans ses mains, dans les mosaïques anciennes, comme celle, très connue, de la cathédrale de Cefalù en Sicile. L’évangéliste Jean déclare : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jn 1,4). Lumière et vie, Phos et Zoè: ces deux mots grecs ont en commun la lettre centrale (un oméga) et sont souvent croisés, un écrit horizontalement, l’autre verticalement, formant le puissant et très répandu monogramme du Christ.

 

Que désire de plus l’homme que ces deux choses : la lumière et la vie ? D’un grand esprit moderne, Goethe, on sait qu’il mourut en murmurant: « Plus de lumière! ». Il parlait peut-être de la lumière naturelle qu’il voulait plus forte dans sa chambre, mais à juste titre on a toujours attribué à cette phrase un sens également métaphorique et spirituel. Un de mes amis qui est revenu à la foi en Jésus Christ après être passé par toutes les expériences religieuses possibles et inimaginables, a raconté son histoire dans un livre intitulé : « Mendiant de lumière ». Le moment crucial fut lorsque, au beau milieu d’une profonde méditation, il sentit résonner dans son esprit, sans pouvoir les faire taire, les paroles du Christ: « Je suis le chemin, la vérité et la vie »12. Sur le modèle de ce que l’apôtre Paul a dit aux Athéniens au milieu de l’Aéropage, nous sommes appelés à dire en toute humilité au monde d’aujourd’hui: « Ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer » (cf. Actes 17, 23.27).

 

« Donnez-moi un point d’appui – aurait dit Archimède, l’inventeur du levier – et je soulèverai le monde ». Qui croit en la divinité du Christ est quelqu’un qui a trouvé ce point d’appui. « La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc » (Mt 7,25).

 

4. « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! »

 

Mais nous ne saurions terminer notre réflexion sans recueillir l’appel qui s’y trouve non seulement en vue de d’évangélisation mais également pour notre vie et notre témoignage personnel. Dans le drame de Paul Claudel « Le père humilié », qui se déroule à Rome au temps du bienheureux Pie IX, nous trouvons une scène très suggestive. Une jeune juive, très belle mais aveugle, se promène un soir dans les jardins d’une villa romaine avec le neveu du pape, Orian, amoureux d’elle. Jouant sur le double sens de la lumière, physique et spirituel, à un certain point, « à voix basse et avec ardeur », elle dit à l’ami chrétien:

 

« Mais vous qui voyez, qu’avez-vous fait de la lumière ? […]

 

Vous qui dites vivre, qu’avez-vous fait de la vie ? »13.

 

Nous ne pouvons pas laisser cette question tomber dans le vide: que faisons-nous, nous chrétiens, de notre foi en Jésus Christ ? Je dirais même plus, que fais-je moi de ma foi en Jésus Christ? Un jour Jésus a dit à ses disciples: « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » (Lc 10,23; Mt 13,16). Cette affirmation, Jésus l’utilise à différentes occasions pour aider ses disciples à découvrir tout seuls sa vraie identité, ne pouvant pas la révéler de manière directe à cause de leur impréparation à l’accueillir.

 

Nous savons que les paroles de Jésus sont des paroles qui « ne passeront pas » (Mt 24, 35), autrement dit des paroles vivantes, s’adressant à quiconque l’écoute avec foi, à tout moment et en tout lieu de l’histoire. C’est donc à nous qu’il dit, à présent et ici: « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! ». Si nous n’avons jamais réfléchi sérieusement à la chance que nous avons de croire en Jésus Christ, c’est peut-être l’occasion de le faire.

 

Pourquoi « heureux », si les chrétiens n’ont certes plus de raisons que les autres de se réjouir dans ce monde  et ils savent bien que dans tant de régions de la terre, leur foi en Jésus Christ les expose continuellement à la mort ? Jésus nous donne lui-même la réponse: « Parce que vous voyez! ». Parce que vous connaissez le sens de la vie et de la mort, parce que « le royaume de Dieu est à vous ». Non pas dans le sens de « à vous et à personne d’autre » (nous savons que le royaume des cieux, dans sa perspective eschatologique, s’étend bien au-delà des frontières de l’Eglise); mais « à vous » dans le sens que vous en faites déjà partie, en savourez les primeurs. Vous m’avez moi!

 

La plus belle des phrases qu’une épouse puisse dire à son époux et vice-versa est : « Tu m’as rendu heureuse! » Jésus mérite que son épouse, l’Eglise, le lui dise du plus profond de son cœur. Je le lui dis et vous invite, vénérables Pères, frères et sœurs, à en faire autant. Aujourd’hui même, pour ne pas oublier.

Un bon confesseur, c’est «un pont pour rejoindre la grâce de Dieu»

Un cours organisé à Rome par la Pénitencerie apostolique

 

16 MARS 2017

 

 

Un « bon confesseur » est « prêt à être un pont pour rejoindre la grâce de Dieu, plutôt qu’un poste de contrôle », affirme  Mgr Arthur Roche, secrétaire – « numéro deux » – de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

 

Il est en effet intervenu ce jeudi 16 mars 2017 dans le cadre du vingt-huitième cours sur le « for interne » organisé par la Pénitencerie apostolique du 14 au 17 mars, à Rome, au Palais de la Chancellerie, indique L’Osservatore Romano en italien du 16 mars.

 

Le cours culminera le matin du 17 mars avec l’audience papale puis, dans l’après-midi, la célébration pénitentielle présidée par le pape François dans la basilique Saint-Pierre.

 

« L’art de célébrer le sacrement de la pénitence », a rappelé Mgr Roche, « serait simplement fonctionnel » si le confesseur n’avait pas un vrai « cœur sacerdotal ».  « Loin d’être un gardien, a-t-il ajouté, le prêtre joue davantage le rôle d’un huissier : accueillant, marchant à côté, permettant ainsi au pénitent, à travers une bonne confession, de trouver le chemin pour la source même de la vie éternelle ».

 

Le secrétaire du dicastère romain a noté avec préoccupation l’ « éloignement diffus de la pratique de la confession » et il a souligné combien aujourd’hui « les gens ont besoin d’être écoutés, ont besoin que leurs désirs les plus profonds et leurs difficultés les plus intimes soient compris, considérés, comblés et guéris ».

 

Le confesseur, a souligné Mgr Roche, doit être conscient de l’importance de son rôle et comprendre que « le manque de volonté d’un prêtre empêche Dieu d’avoir l’occasion de pardonner et de donner la plénitude du salut ».

 

Mgr Juan Ignacio Arrieta Ochoa de Chinchetru, canoniste et secrétaire du Conseil pontifical pour les textes législatifs,  est intervenu sur le thème des « Irrégularités et empêchements à l’attention du confesseur et du pénitent », tandis que le franciscain italien Maurizio Faggioni, conseiller, a approfondi le thème relatif à la diffusion de l’idéologie du « gender » et au « défi » qu’il pose à l’éthique chrétienne.

 

Dans son intervention, il a mis en évidence que « les problèmes auxquels veut répondre l’idéologie du genre sont authentiques, mais la solution proposée est dévastatrice. Des réponses erronées à des questions justes ».

 

Le salésien Paolo Carlotti, conseiller, a approfondi pour sa part le rôle de la direction spirituelle qui se rapproche de la célébration de la réconciliation : « L’une et l’autre, a-t-il dit, sur des plans et des niveaux différents, sont une expression qualifiée de la vie de communion de l’Église ».

 

 

Retraite de carême 2017: « Pour moi, le pape est Pierre », par le p. Michelini ofm

Un franciscain pour découvrir « l’humanité » de Jésus selon s. Matthieu

 

23 FÉVRIER 2017

 

 

« Etre avec Jésus, être avec Pierre ». C’est le thème des méditations de la retraite annuelle d’entrée en carême de la Curie romaine, qui aura lieu du 5 au 10 mars 2017, dans la « Casa Divin Maestro » d’Ariccia, à quelque 30 kilomètres de Rome. Le recueil des méditations sera ensuite publié sous ce titre par les éditions franciscaines de la Portioncule (Edizioni Porziuncola).

 

Dix jours avant de prêcher devant le pape François et les membres de la curie, le p. Giulio Michelini  ofm, explique aux lecteurs de Zenit qu’il méditera particulièrement sur « l’humanité de Jésus ». Le franciscain évoque sa réaction au moment de la demande du pape et confie : « Pour moi le pape est Pierre… Donc mon regard se tourne non seulement vers un homme comme moi, mais aussi vers celui qui est Pierre ».

 

Père Michelini, comment et quand avez-vous appris avoir été choisi pour guider laretraite de carême à laquelle le pape participera ?

 

Je l’ai appris le premier dimanche de l’Avent. Un de ses collaborateurs m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle et m’avertir que le Saint-Père allait m’appeler.

 

Comment s’est passé l’appel avec le pape ?

 

Il m’a demandé ce service avec beaucoup de courtoisie. Je lui ai expliqué que j’aurais eu des difficultés à parler devant le pape et la curie romaine. Je lui ai dit aussi que je pouvais conseiller des personnes plus capables que moi. Le pape m’a répondu : « On va faire comme ça, père. Vous continuez à penser qu’il y a des personnes meilleures que vous. Mais s’il vous plaît venez tenir ces Exercices ». Et cette réponse me parut d’une telle sagesse, si directe … Je fais confiance au pape.

 

Avez-vous déjà eu l’occasion de connaître personnellement le Saint-Père ?

 

En fait, j’ai eu la chance de pouvoir le saluer et l’étreindre, mais pas d’avoir une conversation avec lui. La première fois quand il est venu à Assise et qu’il a rencontré toute la communauté franciscaine de Sainte-Marie-des-Anges. Puis à Florence, quand il a rencontré les membres du comité préparatoire du congrès ecclésial national, dont je faisais partie. Et enfin, troisième et dernière fois, en novembre dernier, quand avec des collègues enseignants de l’Association biblique italienne on a été reçus en audience au Vatican.

 

Quelle a été votre impression durant ces trois occasions de brefs mais affectueux échanges avec le pape?

 

Je me suis rendu compte que le pape n’a pas peur du regard, au contraire il le cherche. Pour moi c’est le regard de Pierre. En effet le titre du livre que j’ai choisi pour le recueil de méditations – qui sera publié par les Editions Porziuncola au terme des Exercices – est Etre avec Jésus, être avec Pierre. Pour un franciscain c’est une expérience particulière. Saint François l’appelait « Messire le Pape ». Pour moi le pape est Pierre. Je pense à l’évangile de Matthieu qui insiste beaucoup sur la dimension ecclésiale. Donc mon regard se tourne non seulement vers un homme comme moi, mais aussi vers celui qui est Pierre.

 

Vous avez confié que pour vous préparer au mieux au climat de ces Exercices, vous vous êtes retirés dix jours à Capharnaüm, en Galilée. Pouvez-vous résumer en un mot ce qu’apporte, spirituellement, cette présence physique en Terre Sainte?

 

Durant les exercices je pourrai parler de l’humanité de Jésus. Du reste, la croix, la passion, la mort, la sépulture, parlent de l’humanité de Jésus, que nous devons redécouvrir. A Capharnaüm, là où Jésus a commencé sa mission, on peut trouver trace des chemins qu’il a parcourus, du lac qu’il a traversé et de la maison où il s’est rendu, celle de Simon. Savoir que mes pieds foulent les mêmes lieux traversés par Jésus fut très émouvant pour moi. Et puis il y a un autre élément, culturel : l’idée qu’en Terre Sainte, malgré les conflits, des pèlerins arrivent du monde entier. Et enfin, pour nous franciscains mineurs, être les gardiens de cette terre est un honneur.

 

Les méditations tourneront autour de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus selon l’évangile de saint Matthieu. Pourquoi ce choix ? Ce texte (l’évangile de Matthieu) possède-t-il des caractéristiques qui s’adaptent à la période de Carême ?

 

La réponse strictement technique est non. Tous les évangiles sont utilisés en période de carême. Je me souviens que dans la liturgie ambroisienne prévaut l’évangile de Jean, dans la liturgie romaine par contre nous lisons normalement les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc). Mais moi j’ai choisi Matthieu parce que c’est l’évangile que je connais le mieux, c’est un texte où je me sens à l’aise. J’ai écrit un livre sur ce texte – Matteo. Introduzione, traduzione e commento (ed. San Paolo, 2013) – mais ce que je dirai au pape est complètement nouveau.

 

En plus de vos réflexions, vous avez souhaité celle d’un couple d’époux qui collaborent depuis des années avec vous, Mariateresa Zattoni et Gilberto Gillini, et celle d’une sœur clarisse, qui vit cloîtrée. Pourquoi ce choix ?

 

Parce que je travaille depuis des années avec ces personnes. C’est un choix qui m’est venu tout naturellement, sans beaucoup réfléchir d’ailleurs. J’ai écrit huit livres avec les époux Gillini Zattoni. Ils font partie de ma façon de lire la bible, qui n’est pas seulement académique. Je leur ai demandé leur avis sur cette partie de la passion de Matthieu où la femme conseille Pilate. Il s’agit donc d’appliquer l’évangile à la vie concrète des personnes : mes amis sont des experts en relations de couple et ils ont donc été utiles. Par contre, la sœur clarisse, sachant que je parlerai de l’onction de Béthanie, m’a envoyé un petit mot. J’ai trouvé ses paroles si belles que j’ai décidé de les citer telles quelles. Au fond, elle apporte une contribution féminine, de clôture, que je ne serais jamais capable de donner. Je suis donc content d’avoir avec moi des personnes d’un monde autre que celui des hommes consacrés, mais aussi celui des familles et celui d’une femme qui vit dans la vie contemplative.

 

Proposerez-vous des réflexions sur la base d’autres textes que ceux de l’Evangile?

 

Oui. J’ai eu la chance de faire des études en littérature moderne et j’ai un diplôme en langue étrangère. Je lis beaucoup, donc quand je lis la parole de Dieu, des références d’ordre littéraire ou théologique me viennent aussitôt à l’esprit. Pour les parties théologiques je citerai à différentes occasions Romano Guardini, un auteur que je fréquente depuis des années. Puis je ferai référence à des histoires vraies, par exemple une histoire qui m’a beaucoup touché, racontée par Massimo Gramellini dans la rubrique qu’il avait avant sur La Stampa. Au plan strictement littéraire je ne pourrai pas ne pas parler d’Amos Oz, essayiste israélien qui a écrit un très beau texte sur Judas, un des personnages clefs de la Passion. Puis je proposerai une histoire racontée par Emmanuel Carrère dans son livre Le Royaume, qui parle d’une foi perdue. Ces textes représentent très bien le drame de l’homme contemporain. Et c’est pourquoi je citerai aussi Franz Kafka. Pendant les repas, nous lirons plutôt une anthologie de textes sur Marie et le livre Un instant avant l’aube, du père Ibrahim Alsabagh, un récit vécu sur le terrain de ce qui s’est passé à Alep pendant la guerre.

 

Y a-t-il des prières spécifiques et des lectures de l’Evangile à conseiller à ceux qui voudraient accompagner le Saint-Père dans cette retraite ?

 

Il y aura deux lectures de l’Evangile par jour, une le matin et une l’après-midi. En les lisant les fidèles peuvent accompagner le pape et invoquer l’Esprit Saint pour moi.

 

Comment vous préparez-vous à cette expérience ?

 

Je me suis arrêté quelques jours sur le lac de Tibériade, mais je suis maintenant revenu à mon travail d’enseignant. Donc je me prépare en accomplissant mes tâches de tous les jours et en priant constamment, en allant à la messe, je ne peux rien faire d’autre. Mais je dois dire qu’une sensation de paix, jamais éprouvée jusqu’ici, m’accompagne. Cette sensation, je crois, est le signe que tant d’amis prient pour moi et pour le pape.

Aimer ses ennemis et rompre la chaîne du mal (traduction complète)

Paroles du pape avant et après l’angélus, 19.02.2017

 

19 FÉVRIER 2017

 

« Les ennemis ce sont aussi ceux qui parlent mal de nous, qui nous calomnient et qui nous font des torts. Et ce n’est pas facile à digérer. Nous sommes appelés à répondre à tous ceux-là par le bien, qui a aussi ses stratégies, inspirées par l’amour », y compris en famille, fait observer le pape François.

 

Le pape a commenté l’évangile de la messe du jour, avant l’angélus de midi, ce dimanche 19 février 2017, place Saint-Pierre.

 

Le pape a invité à mettre en œuvre la « révolution » de Jésus qui « rompt cette chaîne du mal »  c’est ainsi que « les choses changent vraiment ».

 

Après l’angélus, le pape a lancé un appel en faveur des enfants-soldats du Kasaï (RDC) et il a invité à prier pour la paix dans ce pays ainsi que dans toutes les régions où les populations souffrent des conflits, notamment au Pakistan et en Irak.

 

Voici notre traduction complète, de l’italien, des paroles du pape François avant et après l’angélus.

 

AB

 

Paroles du pape François avant l’angélus

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

 

Dans l’Evangile de ce dimanche (Mt 5,38-48) – une des pages qui expriment le mieux la “révolution” chrétienne -, Jésus montre le chemin de la vraie justice par la loi de l’amour qui dépasse celle du talion, qui dit « œil pour œil dent pour dent ». Cette règle antique imposait d’infliger aux transgresseurs des peines équivalentes aux dommages infligés : la mort à qui avait tué, l’amputation à qui avait blessé quelqu’un, et ainsi de suite.

 

Jésus ne demande pas à ses disciples de subir le mal, au contraire, il demande de réagir, mais pas par un autre mal, par le bien. Ce n’est que comme cela que l’on rompt la chaîne du mal : un mal apporte un autre mal, un autre, un autre mal… On rompt cette chaîne du mal et les choses changent vraiment.

 

En effet, le mal c’est un « vide », un vide de bien, et on ne peut pas remplir un vide par un autre vide, mais seulement par un « plein » c’est-à-dire par le bien.

 

Les représailles ne conduisent jamais à la résolution des conflits. « Tu m’as fait cela, moi je vais te le faire » : cela ne résout jamais un conflit, et ce n’est pas non plus chrétien.

 

Pour Jésus, le refus de la violence peut comporter aussi le renoncement à un droit légitime, et il en donne certains exemples : tendre l’autre joue, céder son vêtement ou son argent, accepter d’autres sacrifices (cf. vv. 39-42). Mais ce renoncement  ne signifie pas que les exigences de la justice sont ignorées ou contredites: non, au contraire, l’amour chrétien qui se manifeste d’une façon spéciale dans la miséricorde,  représente une réalisation supérieure de la justice.

 

Ce que Jésus veut nous enseigner, c’est la distinction nette que nous devons faire entre la justice et la vengeance. Distinguer justice et vengeance.

 

La vengeance n’est jamais juste. Il nous est permis de demander justice, il est de notre devoir de pratiquer la justice. En revanche il nous est interdit de nous venger ou de fomenter la vengeance, quelle qu’elle soit, parce qu’elle est l’expression de la haine et de la violence.

 

Jésus ne veut pas proposer un nouvel ordre civil, mais plutôt le commandement de l’amour du prochain, qui comprend aussi l’amour des ennemis : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (v. 44). Et ce n’est pas facile. Cette parole ne doit pas être comprise comme une approbation du mal accompli par l’ennemi, mais comme une invitation à une perspective supérieure, une perspective magnanime, semblable à cette du Père céleste qui – dit Jésus – « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (v. 45).

 

En effet, l’ennemi aussi est une personne humaine, créée en tant que telle à l’image de Dieu, même si actuellement cette image est obscurcie par une conduite indigne.

 

Lorsque nous parlons « d’ennemis », nous ne devons pas penser à je ne sais quelles personnes différentes et loin de nous. Nous parlons aussi de nous-mêmes, qui pouvons entrer en conflit avec notre prochain, parfois avec notre famille. Combien d’inimitiés dans les familles, combien ! Pensons à cela.

 

Les ennemis ce sont aussi ceux qui parlent mal de nous, qui nous calomnient et qui nous font des torts. Et ce n’est pas facile à digérer. Nous sommes appelés à répondre à tous ceux-là par le bien, qui a aussi ses stratégies, inspirées par l’amour.

 

Que le Vierge Marie nous aide à suivre Jésus sur ce chemin exigeant, qui exalte vraiment la dignité humaine et nous fait vivre en enfants de notre Père qui est dans les cieux.

 

Qu’elle nous aide à pratiquer la patience, le dialogue, le pardon, et à  être ainsi des artisans de communion, des artisans de fraternité, dans notre vie quotidienne, sur tout dans notre famille.

 

Angelus Domini…

 

Paroles du pape François après l’angélus

 

Chers frères et soeurs,

 

Hélas, des nouvelles d’affrontements violents et brutaux continuent de parvenir en provenance du Kasaï central, en République démocratique du Congo.

 

Je ressens fortement une douleur pour les victimes, spécialement pour les nombreux enfants arrachés à leurs familles et à l’école pour être utilisés comme soldats. C’est une tragédie, les enfants soldats. J’assure de ma proximité et de ma prière, y compris pour le personnel religieux et humanitaire qui travaille dans cette région difficile.

 

Et je renouvelle un appel sincère à la conscience et à la responsabilité des autorités nationales et de la communauté internationale afin que l’on prenne des décisions adéquates et rapides, pour secourir ces frères et sœurs.

 

Prions pour eux et pour toutes les populations qui dans d’autres régions du monde aussi souffrent de la violence et de la guerre.

 

Je pense en particulier aux chères populations du Pakistan et de l’Irak frappé par de cruels actes terroristes ces derniers jours.

 

Prions pour les victimes, pour les blessés et pour les familles.

 

Prions ardemment pour que chaque cœur endurci par la haine se convertisse à la paix, selon la volonté de Dieu.

 

Prions un moment en silence.

 

[Silence … Ave Maria…]

Je vous salue tous, familles, associations, groupes paroissiaux et pèlerins individuels venant d’Italie et de différentes régions du monde.

 

Je salue en particulier les étudiants d’Armagh (Irlande), les fidèles des diocèses d’Asidonia, Jerez, Cadix et Ceuta et de Madrid, en Espagne; le Mouvement des jeunes de don Guanella; les futurs confirmés de Castelnuovo di Prato et les pèlerins de Modène et de Viterbe.

 

Je vous souhaite à tous un bon dimanche – une belle journée ! -. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et au revoir !

Le message de Lourdes, la « proximité à l’homme qui souffre »

 

11 FÉVRIER 2017

 

Pour la 25e Journée mondiale du malade, le 11 février 2017, jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes, c’est le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin, qui représente le pape François dans la cité mariale.

 

Dans une vidéo tournée par le Sanctuaire, le « numéro 2 » du Vatican, arrivé la veille de la célébration, se réjouit « d’être ici devant la Vierge et d’apporter avec moi… toutes les intentions du Saint-Père… les intentions de ceux qui souffrent et ceux qui sont malades ».

 

Au cours d’un colloque organisé pour l’occasion, le cardinal, s’exprimant en français, a expliqué son rôle de « légat pontifical » : « c’est la façon la plus haute de représenter le Saint-Père… dans le langage juridique, c’est comme s’il était la personne du pape… qui vient visiter un lieu ». Par cette nomination, « le pape a voulu donner à cette visite, à son représentant, toute son autorité… toute sa présence ».

 

Le pape François, a encore assuré cardinal Parolin, « a un intérêt spécial pour les malades. On le voit dans les audiences : il s’approche de tous les gens qui sont malades, il donne son salut, il parle avec eux, il les embrasse… ».

 

A Lourdes, « ce qui frappe, a-t-il confié, c’est de voir la foi des gens, c’est ce qui m’a toujours frappé ici ». Outre la guérison, a-t-il constaté, le malade demande « la capacité d’accepter la situation de fragilité qu’il vit et de l’offrir ». Pour le secrétaire d’Etat, c’est « le sommet de l’expérience chrétienne … être pareil à Jésus sur la croix ».

 

Le message de Lourdes, a-t-il ajouté, c’est « le message de proximité à l’homme qui souffre » : « la Vierge qui se fait proche et qui nous invite à nous faire proches de toutes les personnes qui sont malades … (y compris) des maladies psychiques ». Mais aussi « la proximité aux pécheurs » car « la plus grave maladie c’est le péché ».

 

Le représentant du pape a participé à une procession aux flambeaux le 10 février au soir. Il s’agit de son deuxième déplacement à Lourdes après une visite en 1996 – alors simple prêtre – avec un groupe d’étudiants.

Medjugorje: le pape nomme un « envoyé spécial »

Approfondir la situation pastorale et les besoins des pèlerins

 

11 FÉVRIER 2017

 

 

Le pape François a nommé un « envoyé spécial du Saint-Siège » pour le sanctuaire de Medjugorje, en Bosnie Herzégovine, le 11 février 2017. Il s’agit de Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga en Pologne, dont la mission sera pastorale. Cette décision fait suite aux conclusions de l’enquête demandée par le Vatican sur les phénomènes d’apparitions mariales présumées en ce lieu.

 

Mgr Hoser, précise un communiqué du Saint-Siège, devra « acquérir des connaissances approfondies sur la situation pastorale de cette réalité et surtout sur les besoins des fidèles qui s’y rendent en pèlerinage et, sur cette base, suggérer d’éventuelles initiatives pastorales pour l’avenir ».

 

La mission, qui aura « un caractère exclusivement pastoral », durera quelques mois : Mgr  Hoser, qui continuera à avoir la charge du gouvernement de son diocèse, achèvera son mandat « d’ici l’été prochain ».

 

En 2010, le pape Benoît XVI avait créé une Commission d’enquête internationale, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La responsabilité de statuer sur ces apparitions présumées qui auraient commencé en 1981, passait ainsi de la juridiction de l’évêque local à celle de la congrégation romaine.

 

En juin 2015, le pape François a annoncé lui-même, lors d’une conférence de presse de retour de Sarajevo, que les conclusions de l’enquête lui avaient été récemment remises.

 

Rappelons que selon une lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi – signée par Mgr Tarcisio Bertone, alors secrétaire du dicastère – à Mgr Gilbert Aubry (Saint-Denis de La Réunion) du 26 mai 1998 – , « en ce qui concerne les pèlerinages à Medjugorje qui se déroulent de manière privée, cette Congrégation retient qu’ils sont permis à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification d’événements en cours et qui demandent encore un examen par l’Église ».

L’amour accomplit la loi, par Mgr Francesco Follo

Commentaire des lectures de la messe du dimanche 12 février 2017

 

10 FÉVRIER 2017

 

« L’amour accomplit la loi », explique Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 12 février 2017, VIème dimanche du temps ordinaire (Année A): Siracide 15, 15-20; Psaume 118; 1ère épître de Paul aux Corinthiens 2, 6-10; évangile selon saint Matthieu 5, 17-37 (rite romain).

 

« Avec le souhait de comprendre davantage que l’Amour rend la Loi pleine, complète », ajoute l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris.

 

Comme lecture patristique, il propose une homélie de saint Jean Chrysostome (v. 344 ou 349-407) sur la trahison de Judas Iscariote.

 

L’amour accomplit la loi

 

1) L’amour est l’accomplissement de la loi

 

Au début de la messe de ce VIème dimanche du temps ordinaire (Année A), le prêtre prononce cette prière: « O Dieu, toi qui révèles la plénitude de la loi à travers la justice nouvelle fondée sur l’amour, fais en sorte que le peuple chrétien, rassemblé pour t’offrir le sacrifice parfait, soit cohérent avec les exigences de l’Évangile et devienne pour tout homme signe de réconciliation et de paix » (Collecte, VIème dimanche de l’année A).

 

Avec cette prière qui résume bien la Liturgie de la Parole d’aujourd’hui, l’Église nous invite à prier pour que la loi évangélique de l’amour guide le penser et l’agir de l’homme, c’est à dire de chacun d’entre nous. Quand manque l’amour, tout devient difficile, lourd, souvent inacceptable et il n’y a pas de règle humaine qui puisse tenir devant celui qui n’aime pas et qui ne sent pas dans son cœur la voix de Dieu qui est amour. Pour cela, la liturgie nous fait prier cette collecte que l’on peut utiliser tous les ans: « O Dieu, toi qui veux habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure[1] ».

 

En effet dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Christ ne nous offre pas simplement des règles mises à jour ou améliorées parce que plus complètes. En disant: « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 7, 17), Jésus affirme vouloir accomplir la Loi et les Prophètes[2]. Le Rédempteur accomplit pleinement la loi parce qu’en l’observant, il l’accomplit et parce qu’en indiquant l’amour comme fondement de la loi, il la complète: tout est accompli dans l’amour.

 

N’oublions pas que tous les commandements sont l’expression de l’amour de Dieu et la source de l’amour entre nous. Ils sont les piliers fondamentaux de la vie, qui permettent de construire son chemin vers le ciel, comme par exemple nous le rappelle le Siracide qui enseigne: « Si tu le veux, tu peux observer les commandements de Dieu, ils te protégeront; si tu as confiance en Lui, toi aussi tu vivras. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu: étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une et l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher » (Si 15, 16-21 – 2ème lecture de la messe d’aujourd’hui).

 

Il est important de rappeler que la Loi (la Torah remise à Moïse) est déjà avant tout un don que Dieu a fait à son peuple dans le but de faire connaître sa volonté salvifique. Une illustration de cette pensée peut se trouver dans le long psaume 118 (119) où l’on chante les louanges de la loi et qui nous fait prier ainsi : « Sois bon pour ton serviteur et je vivrai, j’observerai ta parole. Ouvre mes yeux : je regarderai les merveilles de ta loi. Fais-moi comprendre et que je garde ta loi, que je l’observe de tout cœur » (Ps 118, 17-18, 34-36).

 

Aujourd’hui, avec la nouvelle Loi, Jésus, nouveau Moise, nous donne des commandements qui nous enseignent à construire notre vie et notre rapport avec le Seigneur dans l’amour, comme une réponse d’amour à son amour infini, unique vraie source de salut. Le salut vient du Seigneur ; il vient de l’amour et non de l’observance de la loi, il vient de Dieu et non de nos œuvres. Nos œuvres et l’observance des préceptes sont nécessaires mais dans la foi et dans l’amour. Dans la foi, en sachant que c’est le Seigneur qui nous donne toute grâce et tout salut : ainsi nous sommes heureux de vivre dans l’humilité et dans la vérité devant Dieu. Dans l’amour, en étant passionnément amoureux de Dieu parce qu’il nous a conquis ; dans l’amour qui est partage et don de nous-même au prochain, en excluant de juger, de nous sentir meilleur, de nous confronter aux autres, de les mépriser et de les exclure – si cela dépend de nous – du salut du Seigneur. Attitude typique des pharisiens qui est aussi la nôtre avec toutes les formes de pharisaïsme que nous portons en nous.

 

2) Eh bien ! moi je vous dis...

 

Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui répète plusieurs fois: « Eh bien ! moi je vous dis… », mais il ne le fait pas pour s’opposer à l’Ancien Testament ; le Seigneur ne veut pas d’une observance formelle de la loi qui n’implique pas le cœur. Sachant bien que ce qui contamine l’homme ce sont les violences, les jugements, les adultères qui sortent de son cœur, il est venu « porter à son accomplissement » la loi ancienne. Il s’est entièrement donné, offert à la volonté du Père, il est ressuscité des morts et il nous a donné un esprit nouveau. On n’entre pas dans le Royaume de Dieu en observant méticuleusement la loi, comme le faisaient les scribes et les pharisiens: aujourd’hui une « justice supérieure »  est possible: « Soyez saint comme je suis saint » (Lv 19, 2).

 

La « justice des scribes et des pharisiens » connaissait, comme la nôtre, les limites de la chair, parce qu’elle était fondée sur des œuvres qui avaient perdu le parfum de la gratuité et qui étaient devenues lettre morte, sans Esprit.

 

Les paroles de Jésus le montrent dans l’Évangile d’aujourd’hui: « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et que si quelqu’un commet un  meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu » ( Mt 5, 21s).

 

Avec ces mots, on dirait que Jésus prononce des paroles absurdes comme : « Une pensée qui effleure à peine l’esprit, c’est comme tuer un homme. » Le pape François a clairement rappelé cette forme facile et subtile d’homicide que sont les médisances et les rancœurs: « Celui qui dans son cœur déteste son frère est un meurtrier. Nous sommes habitués aux bavardages, aux commérages. Mais combien de fois nos communautés et même nos familles deviennent un enfer où l’on manie cette criminalité qui consiste à tuer son frère et sa sœur avec sa langue ».

 

Ce sont des paroles paradoxales mais qui révèlent le mal qui court dans le cœur de chacun: si nous ne sommes pas capables de « penser bien » comme s’illusionner que nous puissions « accomplir le bien »? Combien de messes et de prières, combien de bonnes paroles et de bons conseils, combien de regards humbles, mais où est notre cœur? Qu’en est-il de notre prochain: notre père, notre mère, nos frères et sœurs de sang, nos voisins de maison et de travail, nos frères et sœurs de communauté? Tués dans le cœur, enterrés et oubliés.

 

Ce n’est pas notre « bon cœur » mais notre « cœur » (c’est à dire la racine de notre être) qui doit changer.

 

Le but de la loi de Dieu n’est pas autre chose que de protéger, de cultiver et de faire fleurir l’humanité de l’homme. Pour cela – je le répète – Jésus « commande » un unique saut de qualité: la conversion du cœur.

 

La conversion du cœur est vécue par les vierges consacrées grâce à la consécration et à la persévérance sur un chemin où, en chacune d’elles (mais cela vaut aussi pour chacun de nous), le Christ est tout: « Nous sommes tous du Seigneur et le Christ est tout pour nous: si tu désires guérir tes blessures, il est le médecin; si tu es accablé par l’ardeur de la fièvre, il est la source d’eau fraîche; si tu te trouves opprimé par tes fautes, il est la justice; si tu as besoin d’aide, il est la puissance; si tu as peur de la mort, il est la vie: si tu désires le paradis, il est le chemin; si tu fuis les ténèbres, il est la lumière; si tu es à la recherche de quoi manger, il est la nourriture » (Saint Ambroise de Milan, De Virginibus, PL 16, 99).

 

La vocation des vierges est un appel à faire fleurir et à accomplir dans le Christ leur humanité grâce à leur vertu angélique. (cf. rituel de consécration des vierges, n° 24 « Tu les appelles à se tenir en ta présence comme les anges devant ta face »). A cet égard, Saint Cyprien écrivant aux vierges affirme justement : « Ce que nous serons un jour, vous commencez déjà à l’être. Vous, vous jouissez déjà dans ce monde de la gloire de la résurrection, vous passez à travers le monde sans en être contaminées. Tant que vous persévérez chastes et vierges, vous êtes semblables aux anges de Dieu » (De habitu virginum, 22: PL 4, 462).

 

Heureux celui qui fait ses choix de vie à la lumière de la loi du Seigneur et implore avec insistance dans sa prière que le Seigneur lui donne la force de garder sa loi dans le cœur et de l’observer dans la vie de tous les jours.

 

Lecture patristique: Saint Jean Chrysostome (+ 407)

 

Homélie sur la trahison de Judas, 2, 6 (PG 49, 390-391)

 

Le Christ a donné sa vie pour toi et tu continues à détester celui qui est un serviteur comme toi. Comment peux-tu t’avancer vers la table de la paix? Ton Maître n’a pas hésité à endurer pour toi toutes les souffrances, et tu refuses même de renoncer à ta colère! Qu’est-ce qui te retient, dis-moi? L’amour est la racine, la source et la mère de tous les biens. « Un tel m’a gravement offensé, dis-tu, il a été tant de fois injuste envers moi, il m’a menacé de mort! » Eh bien! Qu’est-ce que cela? Il ne t’a pas encore crucifié comme les Juifs ont crucifié le Seigneur.

 

Si tu ne pardonnes pas les offenses de ton prochain, ton Père qui est dans les cieux ne te pardonnera pas non plus tes fautes. Que dit ta conscience quand tu prononces ces paroles: Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié (Mt 6,9), et celles qui suivent? Le Christ n’a pas fait la différence. Son sang, il l’a versé aussi pour ceux qui ont versé le sien. Pourrais-tu faire quelque chose de semblable? Lorsque tu refuses de pardonner à ton ennemi, c’est à toi que tu causes du tort, pas à lui. Tu as pu, en effet, le faire souffrir souvent dans la vie présente, mais toi, ce que tu te prépares, c’est un châtiment irrémissible, au jour du jugement. Car personne ne s’attire plus sûrement l’inimitié de Dieu, et ne lui inspire plus d’aversion, que l’homme rancunier, celui qui a le coeur enflé et dont l’âme brûle de colère.

 

Eh bien! Écoute ce que dit le Seigneur: Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande (Mt 5,23-24). Mais tu dis: « Vais-je laisser là l’offrande et le sacrifice? » « Certainement, répond-il, puisque le sacrifice est justement offert pour que tu vives en paix avec ton frère. »

 

Si donc le but du sacrifice est la paix avec ton prochain, et que tu ne sauvegardes pas la paix, il ne sert à rien que tu prennes part, même par ta présence, au sacrifice. La première chose que tu aies à faire c’est bien de rétablir la paix, cette paix pour laquelle, je le répète, le sacrifice est offert. De celui-ci, alors, tu tireras un beau profit. Car le Fils de l’homme est venu dans le monde pour réconcilier l’humanité avec son Père. Comme Paul le dit: Maintenant Dieu a réconcilié avec lui toutes choses (Col 1,22), par la croix, en sa personne, il a tué la haine (Ep 2,16). Aussi celui qui est venu faire la paix nous proclame-t-il également bienheureux, si nous suivons son exemple, et il nous donne son nom en partage. Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9).

 

Eh bien! Ce qu’a fait le Christ, le Fils de Dieu, réalise-le aussi autant qu’il est au pouvoir de l’homme. Fais régner la paix chez les autres comme chez toi. Le Christ ne donne-t-il pas le nom de fils de Dieu à l’ami de la paix?

 

Voilà pourquoi la seule bonne disposition qu’il requiert de nous à l’heure : c’est que nous soyons réconciliés avec nos frères. Il nous montre par-là que de toutes vertus la charité est la plus grande.

 

NOTES

 

[1] En latin: « Deus, qui te in rectis et sincéris manére pectóribus ásseris, da nobis tua grátia tales exsístere, in quibus habitáre dignéris »

 

[2] Pour les Hébreux, la Loi avec les préceptes ou enseignements du Seigneur ainsi que les paroles de ses serviteurs (les Prophètes justement) indiquait la Bible. En complément d’information, je rappelle que la Bible Hébraïque a 39 livres ainsi divisés:

 

La Torah (Pentateuque)

Les Prophètes a) antérieurs (Josué, Juges, 1-2 Samuel, 1-2 Rois) b) postérieurs (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, et les 12 prophètes mineurs);

Tous les autres écrits: Psaumes, Proverbes, Job, Cantique des Cantiques, Daniel, Ruth, Qohélet, Esther, Esdras, Néhémie, 1-2 Chroniques, Lamentations

La Bible Chrétienne comprend 73 livres :

 

L’Ancien Testament, 46 livres:

 

1- Le Pentateuque (correspond à la Torah hébraïque: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome).

 

2- Les livres historiques (Josué, Judith, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith,  Esther, 1-2 Maccabées).

 

3- Les livres sapientiaux (Job, Psaumes, Proverbes, Qohélet, Cantique des Cantiques, Sagesse, Sirac).

 

4- Les livres prophétiques. a) majeurs (Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch, Ézéchiel, Daniel) b) mineurs (Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie).

 

Le Nouveau Testament, 27 livres:

 

1- Les Évangiles (Matthieu, Marc, Luc, Jean).

 

2- Les Actes des Apôtres.

 

3- Les Lettres (Romains, 1-2 Corinthiens, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, 1-2 Thessaloniciens, 1-2 Timothée, Tite, Philémon, Hébreux, Jacques, 1-2 Pierre, 1-2-3 Jean, Jude).

 

4- L’Apocalypse.

« Chaque être humain est mon frère », par Jean Vanier

Entretien avec le fondateur de l’Arche dans L’Osservatore Romano

 

30 DÉCEMBRE 2016

 

« Il est important de savoir que chaque être humain est mon frère », affirme Jean Vanier, fondateur de la Communauté de L’Arche pour les personnes porteuses de handicap. Dans un entretien publié par L’Osservatore Romano du 30 décembre 2016, il réfléchit sur une culture de la rencontre et de la joie.

 

Jean Vanier invite à « créer des lieux de rencontre » pour aider les gens à se sentir proches et à « découvrir leur propre humanité » : « Vous devez créer des lieux de la joie, faire de petits gestes, tels que le pape François nous invite à faire, accueillir les personnes, créer des communautés plus ouvertes. » « Et puis, ajoute-t-il, il y a de l’espoir, il y a toujours un chemin d’espoir, grâce à Jésus. »

 

Le Canadien, qui a récemment reçu la légion d’honneur, cite l’exemple du pape François qui « rencontre les gens qui se sentent exclus, blessés, humiliés ». Le pape « se comporte comme un frère », affirme-t-il, « il dit aux gens qu’ils sont beaux, qu’ils ont une valeur, pour les encourager ».

 

« Le résultat de l’exclusion » est « l’humiliation », estime Jean Vanier. « Le cri de l’humiliation est un appel à la rencontre. »

 

Le fondateur de L’Arche – née en 1964 à Trosly-Breuil, en France – estime que des changements considérables se sont produits dans la mentalité des gens au cours des dernières années. « Quelque chose se passe, dit-il, quelque chose est en train de naître, un mouvement en faveur des personnes blessées. ». Il s’agit non pas de « faire pour » mais de « faire avec » ces personnes.

 

« Aujourd’hui, constate encore Jean Vanier, nous sommes poussés à gagner, à réussir dans la vie professionnelle, à être admirés, honorés, à forger depuis l’enfance une identité de la puissance et de la réussite. » Cependant, « le plus important est d’aimer ».

 

Le célibat sacerdotal, pour une vie toute consacrée au Christ, par le card. Ouellet

«Le célibat sacerdotal, chemin de liberté», congrès

 

10 FÉVRIER 2016

 

Le célibat des prêtres donne le « témoignage d’une vie toute consacrée au Christ », explique le cardinal Marc Ouellet, à propos de la tradition de l’Eglise catholique latine de choisir ses prêtres seulement parmi des hommes chez qui on a discerné qu’il ont reçu le charisme du célibat.

 

Après sa conférence au congrès organisé à l’université pontificale grégorienne (4-6 février 2016) sur le thème « Le célibat sacerdotal, chemin de liberté », le préfet de la Congrégation pour les évêques est intervenu au micro de Radio Vatican. Il est en effet aussi prêtre de Saint-Sulpice, une communauté experte dans la formation des candidats au sacerdoce et la formation permanente des prêtres.

 

Nous avons publié hier, 9 février, l’intervention du cardinal Pietro Parolin lors de ce congrès. Parmi les autres intervenants, Mgr Tony Anatrella, cité par le cardinal Ouellet.

 

« Quand la Parole est accompagnée du témoignage d’une vie toute consacrée au Christ, elle a un effet plus profond, a fait observer le cardinal Ouellet. Et le célibat donne ce témoignage, surtout quand il est bien vécu, c’est-à-dire dans la prière, dans l’union au Christ et aussi dans la cohérence de vie. »

 

« L’Église a besoin de renouveler son témoignage d’amour pour le Christ et celui-ci doit être donné avant tout par ceux qui sont appelés à le suivre de près et à proclamer sa parole », a-t-il ajouté.

 

Par ailleurs, les points de vue de l’Église latine et de l’Église orientale, catholiques, au sujet de l’ordination d’hommes mariés « sont parfaitement conciliables », a encore fait remarquer le cardinal canadien : «  Il existe une tradition de prêtres mariés dans l’Église orientale catholique, qui nous dit que ce n’est pas parce que le mariage serait impur que les prêtres ne peuvent pas se marier. Mais par ailleurs, il faut reconnaître que le choix de renoncer au mariage pour être tout entier au Christ, y compris dans un style de vie identique au sien, est une valeur incontournable pour l’Église catholique latine, qui a cette longue tradition et qui devrait la conserver. »

 

Le cardinal a évoqué la symbolique du « mystère nuptial » de l’Église : le Christ, « son époux », « donne son corps eucharistique à l’Église ».

 

« Il faut voir cette harmonie de la vie de l’Église, a souligné le cardinal Ouellet, avec, au centre, des personnes consacrées qui vivent de l’Eucharistie, qui vivent du don virginal du Christ et se nourrissent de ce don : les personnes consacrées, les familles et aussi les prêtres qui ont comme responsabilité, par leur ordination, de rendre présent à tous ce don nuptial du Christ. »

 

A propos de la pédophilie, que certaines personnes lient au célibat, le cardinal

 

a cité les paroles de Mgr Anatrella : « Cela ne dépend pas du célibat, parce que la grande majorité des problèmes de pédophilie vient d’hommes qui sont aussi pères de famille ». «  Le problème n’est donc pas le célibat », a réaffirmé le cardinal Ouellet.

 

 

Fraternité Saint-Pie X: reconnaître les dogmes catholiques essentiels

Nuances de Mgr Pozzo à propos de l’autorité de certains documents de Vatican II

 

 

Pour être reconnue canoniquement, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) doit proclamer les vérités catholiques « essentielles », et tous les documents du Concile Vatican II ne sont pas de nature doctrinale, rappelle Mgr Pozzo. C’est la nouvelle main tendue du Vatican expliquée par Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei chargée du dialogue avec la Fraternité.

 

Dans un entretien à la revue allemande Christ und Welt publié le 28 juillet 2016, l’archevêque évoque la situation de cette Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) et qui n’est pas reconnue canoniquement par Rome. En 2009, après leur reconnaissance du Primat de Rome, Benoît XVI a cependant levé les excommunications qui pesaient sur les quatre évêques consacrés en 1988 malgré les avertissements du Vatican.

 

La levée des excommunications ne signifiait pas l’intégration dans l’Eglise catholique: mutatis mutandis, pas plus que les orthodoxes ne sont entrés dans l’Eglise catholique ou l’inverse lorsque Paul VI et Athénagoras ont décidé, en 1965, « d’enlever de la mémoire et du milieu de l’Eglise les sentences d’excommunication de 1054 ». Mais il s’agissait d’ôter un obstacle au dialogue. Le dialogue a été relancé.

 

Mgr Pozzo évoque les discussions bilatérales de ces dernières années : « De 2009 à 2012, l’accent principal concernait les différends théologiques, (…) les difficultés de nature doctrinale ». Mais comme « la vie n’est pas seulement faite de doctrine », ajoute-t-il, « ces trois dernières années, a grandi le désir d’apprendre à mieux comprendre la réalité concrète de cette fraternité sacerdotale (…) dans une atmosphère plus amicale ».

 

Il ne s’agit donc plus de chercher « un consensus immédiat sur toutes les questions épineuses », mais de régler « les points essentiels, en les séparant des questions qui pouvaient être abordées plus tard ». En d’autres termes, précise le secrétaire de la commission de dialogue, la question se résume aux « conditions vraiment essentielles pour être catholique », c’est-à-dire « les qualités requises d’un catholique pour être en pleine communion avec l’Eglise ».

 

Ce sont ces conditions qui ont fait la base de la Déclaration doctrinale qui sera soumise à la Fraternité « en accord avec le pape ». En signant cette déclaration, la FSSPX reconnaît « les doctrines définies et les vérités catholiques » telles « la nature sacramentelle de l’épiscopat (…), la suprématie papale et du collège des évêques » ou encore « la profession de foi, la reconnaissance des sacrements ».

 

Pas de « superdogme » pastoral

 

Si la Fraternité considère certains aspects de Vatican II problématiques – entre autres Nostra Aetate sur le dialogue interreligieux ; Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme ; Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse – Mgr Pozzo souligne que certains documents conciliaires « ont un poids doctrinal différent ».

 

Certains documents « ne sont pas des doctrines de foi », affirme-t-il, mais « des suggestions, (…) des lignes d’orientation pour la pratique pastorale ». Tout autant d’aspects qui « peuvent être discutés (…) après la reconnaissance canonique ». A titre d’exemple, explique Mgr Pozzo, « Nostra Aetate ne contient pas d’obligations dogmatiques. Par conséquent, nous ne pouvons pas prétendre que cette Déclaration soit reçue de quiconque comme dogme contraignant ».

 

« Ce n’est pas “le Vatican” qui l’a décidé, c’est écrit dans les Actes de Vatican II », insiste-t-il : « Le 16 novembre 1964, le secrétaire général du Concile, le cardinal Pericle Felici, a déclaré que le Concile “ne définit contraignant pour l’Eglise que ce qui est spécifiquement déclaré tel en termes de foi et de morale”. » Le 18 novembre 1964, le secrétaire pour l’unité chrétienne précisa que le Concile n’entendait pas donner « des affirmations dogmatiques sur les religions non chrétiennes, mais seulement des normes pratiques et pastorales ».

 

« Le Concile n’est pas un superdogme pastoral, mais fait partie de toute la tradition et de ses enseignements permanents », ajoute Mgr Pozzo.

 

« Tout ce qui favorise la rencontre et l’unité, assure-t-il encore, est cher au cœur du pape », et, la Fraternité Saint-Pie X comptant 600 prêtres, 200 séminaristes et 750 églises dans 70 pays, « nous ne pouvons pas fermer les yeux face à une réalité si significative ».

Dieu ne déçoit personne, assure le pape François

 

Message vidéo à des jeunes catholiques et évangéliques réunis à Washington

17 JUILLET 2016

 

 

Pape François, Together 2016

Dieu « ne déçoit personne », affirme le pape François dans un message vidéo adressé aux jeunes participant au rassemblement « Together 2016 » aux Etats-Unis, le 16 juillet 2016. Une initiative œcuménique qui a réuni évangéliques et catholiques à Washington.

Dans la vidéo lancée un mois plus tôt sur les réseaux sociaux et diffusée devant les participants, le pape fait observer que le cœur des jeunes est « en mouvement », « inquiet ». Et « un jeune qui n’est pas agité est un vieux ».

La réponse à cette inquiétude, cette agitation, c’est Dieu : « Je t’assure, ajoute le pape, tu ne seras pas frustré ; Il ne déçoit personne (…). Essaie, tu n’as rien à perdre ». Le pape François encourage les jeunes à rencontrer « Celui qui peut donner une réponse à (leur) recherche inquiète. (…) Jésus t’attend (…), Jésus change tout. »

Souriant, le pape invite aussi à porter le tee-shirt imprimé au logo du rassemblement, qu’il brandit devant la caméra. Durant cette rencontre œcuménique qui a eu lieu dans le parc « National Mall » de la capitale, divers artistes et témoins, évangéliques et catholiques, sont intervenus « unis dans la prière pour la Nation ».

 

Le pape appelle à développer l’écoute, racine de la paix

Paroles avant l’angélus (traduction intégrale)

 

17 JUILLET 2016

« Aujourd’hui nous sommes tellement pris, avec frénésie, par tant de problèmes (…) que nous manquons de capacité d’écoute », a constaté le pape François lors de l’angélus du 17 juillet 2016. « Dans la capacité d’écoute il y a la racine de la paix », a-t-il affirmé devant la foule réunie place Saint-Pierre.

 

Méditant sur l’Evangile de Marthe et Marie, le pape François a souligné que l’hospitalité risquait aujourd’hui d’être « négligée ». La « réelle hospitalité », a-t-il expliqué à l’attention des maisons de repos et de retraite, ne consiste pas seulement à fournir des services et des soins mais aussi à être « disposé à écouter ».

 

« Même dans sa propre maison, parmi les membres de sa propre famille », le pape François a diagnostiqué une carence d’écoute. Et le pape d’encourager les époux à s’écouter mutuellement, les parents, à écouter leurs enfants et à écouter les plus âgés : « Je vous demande d’apprendre à écouter et à y consacrer plus de temps. »

 

A.K.

 

Paroles du pape avant l’angélus

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

 

Dans l’Evangile du jour l’évangéliste Luc raconte que Jésus, tandis qu’il est en chemin vers Jérusalem, entre dans un village et est accueilli chez deux sœurs : Marthe et Marie (cf. Lc 10,38-42). Toutes les deux accueillent le Seigneur, mais elles le font de façon différente. Marie s’assied aux pieds de Jésus et écoute sa parole (cf. v. 39), au contraire Marthe est toute prise par les choses à préparer ; et à un certain point elle dit à Jésus : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » (v. 40). Et Jésus lui répond : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » (vv. 41-42).

 

Dans son affairement et sa façon de se donner de la peine, Marthe risque d’oublier – et c’est le problème – la chose la plus importante, c’est-à-dire la présence de l’hôte, qui était Jésus dans ce cas. On oublie la présence de l’invité. Et l’hôte ne doit pas être simplement servi, nourri, soigné de toutes les façons. Il faut surtout qu’il soit écouté. Rappelez-vous de ce mot : écouter ! car l’hôte doit être écouté comme personne, avec son histoire, son cœur riche de sentiments et de pensées, afin qu’il puisse se sentir vraiment en famille. Mais si tu accueilles un hôte chez toi et que tu continues à faire les choses, que tu le fais asseoir là, lui muet et toi muet, c’est comme s’il était de pierre : l’hôte de pierre. Non. L’hôte doit être écouté. Certes, la réponse que Jésus donne à Marthe – quand il dit qu’une seule chose est nécessaire – trouve son sens en référence à l’écoute de la parole de Jésus même, cette parole qui éclaire et soutient tout ce que nous sommes et ce que nous faisons. Si nous allons prier – par exemple – devant le Crucifix, et que nous parlons, parlons, parlons et puis nous nous en allons, nous n’écoutons pas Jésus ! Nous ne le laissons pas parler à notre cœur. Ecouter : c’est le mot-clé. N’oubliez pas ! Et nous ne devons pas oublier que dans la maison de Marthe et Marie, Jésus, avant d’être Seigneur et Maître, est pèlerin et hôte. Donc, sa réponse a ce sens premier et immédiat : “Marthe, Marthe, pourquoi te donnes-tu tant de peine pour l’hôte jusqu’à oublier sa présence ? – L’hôte de pierre ! – Pour l’accueillir, il n’est pas nécessaire de faire beaucoup de choses ; au contraire, une seule chose est nécessaire : l’écouter – c’est le mot : l’écouter -, manifester une attitude fraternelle, de façon qu’il se sente en famille, et non dans un refuge provisoire”.

 

Comprise ainsi, l’hospitalité, qui est une des œuvres de miséricorde, paraît vraiment comme une vertu humaine et chrétienne, une vertu qui dans le monde d’aujourd’hui risque d’être négligée. En effet, les maisons de repos et de retraite se multiplient, mais on n’y pratique pas toujours une réelle hospitalité. On crée diverses institutions qui pourvoient à de nombreuses formes de maladies, de solitude, de marginalisation, mais la probabilité diminue, pour celui qui est étranger, marginalisé, exclu, de trouver quelqu’un de disposé à l’écouter : parce qu’il est étranger, réfugié, migrant, écouter cette douloureuse histoire. Même dans sa propre maison, parmi les membres de sa propre famille, il peut arriver de trouver plus facilement des services et des soins de différentes sortes que de l’écoute et de l’accueil. Aujourd’hui nous sommes tellement pris, avec frénésie, par tant de problèmes – dont certains ne sont pas importants – que nous manquons de capacité d’écoute. Nous sommes continuellement affairés et ainsi nous n’avons pas le temps d’écouter. Et je voudrais vous demander, vous poser une question, que chacun réponde dans son cœur : toi, mari, as-tu du temps pour écouter ta femme ? Et toi, femme, as-tu du temps pour écouter ton mari ? Vous parents, avez-vous du temps, du temps à “perdre”, pour écouter vos enfants ? ou vos grands-parents, les plus vieux ? – “Mais les grands-parents disent toujours les mêmes choses, ils sont ennuyeux…” – mais ils ont besoin d’être écoutés ! Ecouter. Je vous demande d’apprendre à écouter et à y consacrer plus de temps. Dans la capacité d’écoute il y a la racine de la paix.

 

Que la Vierge Marie, Mère de l’écoute et du service prévenant, nous enseigne à être accueillants et hospitaliers envers nos frères et nos sœurs.

 

 

Le pape aux jeunes: «Le témoignage chrétien, c’est le martyre de chaque jour»

Visite à la « Villa Nazareth » de Rome (2/7)

 

29 JUIN 2016

 

« Le témoignage chrétien c’est le martyre de chaque jour, un martyre silencieux », affirme le pape François. Il parle aussi de « beaucoup de crises » qu’il traversait dans sa vie et souligne : « Le chrétien … ne doit pas avoir peur d’entrer en crise : c’est le signe qu’il progresse. »

 

Le pape a prononcé un discours avant d’entamer un dialogue avec les jeunes italiens de la « Villa Nazareth » de Rome, où il s’est t rendu le samedi 18 juin.

 

Fondé il y a 70 ans pour venir en aide aux enfants pauvres orphelins de guerre, ce centre est géré aujourd’hui par la Fondation Tardini présidée par le cardinal Silvestrini et permet à des enfants de familles modestes de poursuivre leurs études.

 

Nous avons publié la première question et la première réponse, mardi 28 juin. Et le discours du pape le 20 juin.

 

M.D.

 

Question de Gabriele Giuliano

 

Cher pape François, dans les journaux nous lisons souvent de terribles nouvelles relatives au drame que vivent les communautés chrétiennes à travers le monde: ces événements nous font beaucoup réfléchir à la grandeur du témoignage, témoignage d’une foi vécue parfois jusqu’à la mort. Ce courage de vivre une foi authentique nous met tous en discussion. Comment être des témoins crédibles de l’Évangile, comment annoncer le message du Christ au monde? Beaucoup d’entre nous, avec tous les défauts et limites qui font partie de l’être humain, essaient, mais se découragent facilement. Cela vous arrive-t-il aussi ? Votre foi a-t-elle subi quelque crise ? Où et comment avez-vous trouvé la manière de vous ressaisir, de ne pas flancher, et de poursuivre votre mission, d’abord en tant que laïc puis en tant que consacré? 

 

Réponse du pape François

 

Mais, tu as posé une question très personnelle! Et moi je dois choisir … Ou je réponds en disant la vérité, ou je raconte un beau feuilleton et voilà… Le drame des communautés chrétiennes à travers le monde : Ça, c’est vrai. Mais c’est la destinée des chrétiens : le témoignage – je reprends ce mot «  témoignage » – jusque dans les situations difficiles. Je n’aime pas, et je veux le dire clairement, je n’aime pas quand on parle d’un génocide des chrétiens, par exemple au Moyen-Orient: Ceci est réducteur, c’est faire du réductionnisme. La vérité c’est qu’il s’agit d’une persécution qui porte les chrétiens à être fidèles et cohérents dans leur foi. Ne faisons pas du réductionnisme sociologique sur ce qui est un mystère de la foi: le martyre. Ces 13 hommes – je crois des Égyptiens chrétiens coptes, aujourd’hui saints, canonisés par l’Église copte – égorgés sur les plages de la Libye: ils sont tous morts en disant: «  Jésus, aide-moi! ». Jésus. Mais moi je suis sûr que la majorité d’entre eux ne savaient même pas lire. Ce n’étaient pas des docteurs en théologie, non, non. Des gens sans instruction, dirons-nous, mais c’était des docteurs en «  cohérence chrétienne », soit de vrais témoins de foi.

 

La foi nous fait témoigner de tant de choses difficiles dans la vie ; nous témoignons aussi par la vie. Mais nous n’y trompons pas: le martyre sanglant n’est pas l’unique façon de témoigner du Christ. C’est, disons, le maximum, la façon la plus héroïque. Il est vrai aussi qu’aujourd’hui il y a plus de martyrs qu’aux premiers siècles de l’Église, c’est vrai. Mais il y a le martyre de tous les jours : le martyre de l’honnêteté, le martyre de la patience, dans l’éducation des enfants; le martyre de la fidélité à l’amour, quand il est plus facile de prendre un autre chemin, plus caché: le martyre de l’honnêteté, dans un monde que l’on pourrait appeler «  le paradis des pots-de-vin », c’est si facile: «  Vous dites ça et vous aurez ça », là où manque le courage de jeter à la figure l’argent sale, dans un monde où tant de parents donnent à manger à leurs enfants l’argent sale des pots-de-vin, ce pain qu’ils achètent avec les pots-de-vin qu’ils gagnent … Témoigner pour un chrétien, son martyre, c’est de dire : «  Non, je ne veux pas! » – «  Si tu ne veux pas, tu n’auras pas ce poste, tu ne pourras pas aller plus haut ». Le martyre du silence devant la tentation des commérages. Pour un chrétien – et c’est Jésus qui le dit – le bavardage ce n’est pas bien. Jésus dit que celui qui dit «  stupide » à son frère doit aller en enfer. Vous savez que les bavardages sont comme la bombe d’un terroriste, d’un kamikaze – non pas d’un kamikaze lui au moins il a le courage de mourir en même temps – non, les bavardages c’est quand je jette «  la bombe », détruis la personne et en suis heureux. Le témoignage chrétien c’est le martyre de chaque jour, un martyre silencieux, et nous devons parler comme ça. «  Mais sommes-nous des hommes et des femmes martyrisées ? Devons-nous avoir le visage triste, une tête … de six pieds de long ». Non ! Il y a la joie de la parole de Jésus, comme ceux de la plage en Libye. Et il faut du courage. Le courage est un don de l’Esprit Saint. Le martyre, la vie chrétienne… le témoignage chrétien ne peut être vécu sans le courage de la vie chrétienne.

 

Saint Paul utilise deux mots pour indiquer au chrétien le chemin du martyre dans sa vie de tous les jours : courage et patience. Deux mots. Avoir le courage d’avancer et ne pas avoir honte d’être chrétien, se faire reconnaître en tant que tel. Et la patience de porter sur ses épaules le poids de tous les jours, y compris ses péchés et ses incohérences. «  Mais peut-on être chrétien et avoir des péchés? » Oui. Nous sommes tous des pécheurs, tous. Le chrétien n’est pas un homme ou une femme aseptisée comme dans les laboratoires, ce n’est pas comme de l’eau distillée ! Le chrétien est un homme, une femme, capable de trahir son propre idéal par le péché, un être faible. Mais nous devons nous réconcilier avec cette faiblesse. Et devenir ainsi un peu plus humble. Plus humble. La vérité n’est pas dans l’apparence. «  Je ne suis pas un pécheur, comme ce pharisien qui priait devant le Seigneur : «  Je te remercie parce que je ne suis pas comme untel ou untel »; il salissait tout le monde, mais lui était propre. Il se pavanait. Permettez-moi, c’est un peu … pas très correct, pas très licite ce que je m’apprête à dire, mais l’image nous aidera. La cohérence chrétienne de la vérité c’est se sentir des pécheurs qui ont besoin de pardon; contrairement à celui qui se pavane d’être un parfait chrétien, tel un paon: mais quel beau paon! On le voit, c’est une belle réalité… Pardonnez-moi, mais passez derrière moi : ça aussi c’est la vérité du paon ! Et le message du Christ au monde est le suivant: nous sommes des pécheurs, et Jésus nous a aimés, nous a guéris, ou nous a mis sur la voie de la guérison, toujours. Et il nous aime. Et ces limites qui font partie de nous et que nous voyons autour de nous, par exemple, l’hypocrisie dans l’Eglise, l’hypocrisie des chrétiens; ces limites nous découragent, et notre foi finit par entrer en crise.

 

Et arrive l’insolente question: « Votre foi a-t-elle connu des crises ?” Et vous posez cette question au pape ! Vous êtes courageuse! «  Où et comment avez-vous trouvé la manière de vous ressaisir, de ne pas flancher, et de poursuivre votre mission, d’abord comme laïc puis comme consacré? ». J’en traverse beaucoup de crises et certaines fois j’ai eu le toupet d’en faire le reproche à Jésus: «  Mais pourquoi permets-tu cela? », et j’ai eu des doutes aussi: «  Mais cela s’avérera-t-il, ou tout n’aura été qu’un rêve? ». J’ai traversé ces crises lorsque j’étais jeune, séminariste, prêtre, religieux, évêque et pape. « Mais pourquoi le monde est-il ainsi, si Tu as donné Ta vie? Mais n’est-ce pas une illusion, un alibi pour nous nous consoler ?”

 

Au chrétien qui n’a pas connu ça, qui a toujours eu une foi sans crise, il manque quelque chose: c’est un chrétien qui se contente d’un peu de mondanité et avance dans la vie comme ça. On m’a dit – car moi je ne connais pas le chinois, j’ai beaucoup de mal avec les langues vous savez … – je ne connais pas le chinois, mais on m’a dit que le mot «  crise », en chinois, s’écrit en utilisant deux idéogrammes: l’un est l’idéogramme « risque » et l’autre l’idéogramme «  opportunité ». C’est vrai. Quand quelqu’un entre en crise – comme lorsque Jésus dit à Pierre que le diable l’aurait mis en crise [« passé au crible »] comme on fait avec le grain, et tant de fois le diable, la vie, le prochain, tant de personnes nous font «  sauter » comme le grain, nous mettent en crise – il y a toujours un risque, un risque dans le mauvais sens, et une opportunité.

 

Le chrétien – ça, je l’ai appris – ne doit pas avoir peur d’entrer en crise : c’est le signe qu’il progresse, qu’il n’est pas accroché à la rive du fleuve ou de la mer, qu’il a pris le large et avance. Et là il y a les problèmes, les crises, les incohérences, et la crise de son propre péché, qui nous fait tellement honte. Et comment ne pas flancher? C’est une grâce. Demande-la au Seigneur: «  Seigneur, fais en sorte que je ne me lasse pas. Fais-moi la grâce d’être patient, d’avancer, d’attendre qu’arrive la paix ».

Le pape aux jeunes: «Prenez des risques sur de nobles idéaux»

Visite à la «Villa Nazareth» de Rome (1/7)

 

28 JUIN 2016

 

« Prendre des risques sur de nobles idéaux, en se salissant les mains, comme le Samaritain de la parabole »: c’est ce que le pape conseille aux jeunes. « Rapproche-toi des problèmes, sors de toi-même et prends des risques. Sinon ta vie peu à peu se paralysera », recommande-t-il notamment.

 

Le pape François s’est rendu à la « Villa Nazareth » de Rome, samedi 18 juin, où il a prononcé un discours avant d’ouvrir un dialogue, en italien, avec les jeunes.

 

Fondé il y a 70 ans pour venir en aide aux enfants pauvres orphelins de guerre, ce centre est géré aujourd’hui par la Fondation Tardini présidée par le cardinal Silvestrini et permet à des enfants de familles modestes de poursuivre leurs études.

 

Voici notre traduction de la première question et de la première réponse du pape.

 

M.D.

 

Question de Valentina Piras

 

Pape François, avant d’avoir besoin de maîtres, nous, les jeunes nous avons besoin de témoins crédibles. Nous avons souvent le sentiment d’habiter une réalité complexe, sans éléments de référence constants, et où les expériences proposées manquent de substance. Parfois, nous sommes des jeunes et des adultes ‘garés’ dans la vie, à la merci de l’illusion du succès et du culte de l’ego, incapables de nous donner aux autres. Saint-Père, nous voudrions une parole qui nous aide à y voir plus clair dans ces ténèbres qui envahissent nos cœurs. Comment réveiller la grandeur et le courage de choix profonds, d’élans du cœur, pour affronter nos difficultés sur le plan éducatif et affectif?

 

Réponse du pape François

 

Merci. Vous avez dit le mot-clef c’est: « Nous les jeunes nous avons besoin de témoins crédibles ». C’est la logique de l’Évangile : rendre témoignage. Dans sa propre vie, dans sa manière de vivre, dans ses choix. Mais rendre témoignage de quoi? De plusieurs choses. Nous chrétiens, témoigner de Jésus Christ qui est vivant, qui nous a accompagnés: Il nous a accompagnés dans la douleur, et il est mort pour nous, mais il est vivant. Dit comme ça, cela paraît trop clérical. Mais je comprends ce que recherchent les jeunes : un témoignage qui les secoue chaque jour. Le témoignage de « la gifle » ! La gifle, ce beau témoignage quotidien qui te réveille pour te dire : « regarde, ne te fais pas d’illusions avec les idées, avec les promesses … » Voire des illusions plus proches de nous. L’illusion du succès – « Non, je vais par là et j’aurai du succès » – du culte de son ego.

 

Aujourd’hui, nous le savons tous, le miroir est à la mode! Se regarder. Cet ego, ce narcissisme, que nous offre la culture contemporaine. Sans témoignages, la vie nous convient comme ça. Nous gagnons bien notre vie, avons une belle profession, un bel emploi, une famille … mais tu as dit un mot très fort : « Nous sommes des hommes et des femmes garés dans la vie », c’est-à-dire des personnes qui ne marchent pas, n’avancent pas. Comme les conformistes: tout est routine, une routine qui nous laisse tranquilles – nous avons ce qu’il nous faut, il ne nous manque rien, grâce à Dieu … « Comment réveiller la grandeur et le courage de choix profonds, d’élans du cœur, pour affronter nos difficultés sur le plan éducatif et affectif ? » Prendre le risque! Un mot que j’ai prononcé tant de fois : le risque, prendre des risques ! Celui qui ne prend pas de risque n’avance pas. « Mais si je me trompe ? » Oh Seigneur! Tu ferais bien pire à ne pas bouger: l’erreur, la pire erreur, est de se renfermer. Risquer ! Prendre des risques sur de nobles idéaux, en se salissant les mains, comme le Samaritain de la parabole. Quand la vie s’écoule plus ou moins paisiblement, on est toujours tentés de ne pas bouger, comme paralysés. Ne pas risquer : être calmes, tranquilles … Tu as demandé « Comment réveiller la grandeur et le courage de choix profonds, d’élans du cœur pour affronter nos difficultés sur le plan éducatif et affectif ? » Rapproche-toi des problèmes, sors de toi-même et prends des risques. Sinon ta vie peu à peu se paralysera; heureuse, contente, en famille, mais là, sur une voie de garage – pour reprendre ton expression. Voir des vies garées est très triste; très triste de voir des personnes qui ressemblent plus à des momies de musée qu’à des êtres vivants. Risquer! Risquer ! Et si tu t’es trompée, béni soit le Seigneur. Risque. Avance! Voilà ce que j’ai envie de te dire.

« Votre bonté est le lieu où j’habite », dit le pape émérite au pape François

Le merci eucharistique du pape Benoît (traduction complète)

 

28 JUIN 2016

 

À l’occasion de la commémoration du 65ème anniversaire de son ordination sacerdotale, ce mardi 28 juin 2016, en la salle Clémentine du palais apostolique du Vatican – là même où Benoît XVI a annoncé sa renonciation le 11 février 2013 –, le pape émérite a remercié le pape François et les cardinaux Sodano et Müller qui lui ont adressé chacun un discours, et le choeur de la Chapelle Sixtine pour ses chants.

 

Un merci « eucharistique ». Le pape émérite dit au pape François: « Votre bonté est le lieu où j’habite ».

 

Voici notre traduction complète du discours de remerciement du pape émérite prononcé en italien, debout, d’abondance du coeur, sans papier, pendant plus de 4 minutes 30.

 

Allocution du pape émérite Benoît XVI

 

Saint Père, chers frères, Il y a 65 ans, un frère ordonné avec moi a décidé d’écrire sur l’image souvenir de sa première messe, excepté son nom et la date, seulement une parole en grec : « Eucharistomen », convaincu qu’avec cette parole, dans ses nombreuses dimensions, était déjà dit tout ce qui pouvait être dit à ce moment. « Eucharistomen » dit un merci humain, merci à tous. Merci surtout à vous, Saint Père ! Votre bonté, depuis le premier moment de votre élection, à tous les moments de ma vie ici, me touche, me porte réellement, intérieurement.

 

Plus que dans les Jardins du Vatican, avec leur beauté, votre bonté est le lieu où j’habite : je me sens protégé. Merci aussi pour votre mot de remerciement, pour tout. Et espérons que vous pourrez avancer avec nous tous sur cette voie de la miséricorde divine, montrant la route de Jésus, vers Jésus, vers Dieu. Merci aussi à vous, Éminence [Cardinale Sodano], pour vos paroles qui ont vraiment touché le cœur : « Cor ad cor loquitur ». Vous avez rappelé l’heure de mon ordination sacerdotale, ainsi que ma visite en 2006 à Freising, où j’ai revécu cela.

 

Je peux seulement dire qu’ainsi, par ces paroles, vous avez interprété l’essentiel de ma vision du sacerdoce, de mon action. Je vous suis reconnaissant pour le lien d’amitié qui se prolonge jusqu’à maintenant depuis si longtemps, de toît à toît [allusion à leurs habitations qui sont proches à vol d’oiseau] : il est presque présent et tangible. Merci, Cardinal Müller, pour le travail que vous faites pour la présentation de mes textes sur le sacerdoce, dans lesquels je cherche à aider aussi nos confrères à entrer toujours à nouveau dans le mystère où le Seigneur se donne dans nos mains. « Eucharistomen » : à ce moment-là, mon ami, Berger, voulait souligner non seulement la dimension du remerciement humain, mais naturellement la parole plus profonde qui se cache, qui apparaît dans la liturgie, dans l’Écriture, dans les paroles « gratias agens benedixit fregit deditque ».

 

« Eucharistomen » nous renvoie à cette réalité du remerciement, à cette nouvelle dimension que le Christ a donnée. Il a transformé en remerciement, et ainsi en bénédiction, la croix, la souffrance, tout le mal du monde. Et ainsi, fondamentalement, il a « transsubstantié » la vie et le monde et nous a donné, et nous donne tous les jours, le Pain de la vraie vie qui dépasse le monde grâce à la force de son amour.

 

Enfin, nous voulons nous insérer dans ce « merci » du Seigneur et recevoir ainsi réellement la nouveauté de la vie et aider par la transsubstantiation du monde : que ce soit un monde non de mort mais de vie, un monde dans lequel l’amour a vaincu la mort. Merci à vous tous. Que le Seigneur nous bénisse tous ! Merci, Saint Père.

Chers jeunes, Jésus vous appelle à être «des cœurs brûlants»

Le pape salue les jeunes, les personnes malades et les nouveaux époux

 

22 JUIN 2016

 

Audience du 22 juin 2016, jeunes avec un ballon

 

« Jésus vous appelle à être des « cœurs brûlants », déclare le pape François: correspondez avec générosité à son invitation, chacun selon votre talent. »

 

C’était un appel aux jeunes lancé par le pape à la fin de l’audience générale de ce mercredi 22 juin, Place Saint-Pierre.

 

Il a aussi appelé les personnes malades à offrir leurs « souffrances au Christ crucifié pour coopérer à la rédemption du monde ».

 

« Et vous, chers nouveaux époux, a conclu le pape, soyez conscients de la mission irremplaçable dans laquelle vous vous êtes engagés par le sacrement du mariage. »

La compassion fait des miracles, par Mgr Follo

« La mort est un sommeil dont la compassion du Christ nous réveille »

 

4 JUIN 2016

« La compassion fait des miracles », explique Mgr Follo  et c’est même la promesse de la résurrection: « La mort est un sommeil dont la compassion du Christ nous réveille ».

 

Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, propose ce commentaire théologique et spirituel des lectures de la messe de ce dimanche 5 juin 2016 (10ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C). Et il propose comme lecture patristique un sermon de saint Augustin.

 

Lectures de la messe de ce dimanche : 1er Livre des Rois 17, 17-24; psaume 29; épître de saint Paul aux Galates 1, 11-19; évangile de Luc 7, 11-17

 

La compassion fait des miracles

 

1°) La mort est un sommeil dont la compassion du Christ nous réveille.

 

« Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller. » (Jn 11, 11) – ainsi Jésus parle-t-il à ses disciples, en exprimant avec la métaphore du sommeil le point de vue de Dieu sur la mort physique.

 

Dieu la voit justement comme un sommeil dont on peut se réveiller. Le Fils de Dieu a démontré un pouvoir absolu à l’égard de la mort.

 

Cela se voit dans l’Évangile de Marc (5, 35-43) qui raconte la résurrection d’une jeune fille de 12 ans. Le Messie dit d’elle : « Elle n’est pas morte mais elle dort » (Mc 5, 39) et ceux qui étaient présents se moquèrent de lui pour cette phrase humainement absurde. Avec la troisième résurrection, celle du fils de la veuve de Naim, proposée par l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 7, 11-17), le Christ nous enseigne non seulement que la mort du corps est un sommeil mais aussi que Dieu peut nous réveiller de ce sommeil à n’importe quel moment, ce qui est humainement impensable.

 

Dans chacun de ces trois « cas », on voit que la Seigneurie de Jésus sur la mort ne lui interdit pas d’éprouver une compassion sincère pour la douleur du détachement physique. « Le cœur du Rédempteur est divin et humain : en Lui Dieu et l’Homme se sont parfaitement rencontrés, sans séparation et sans confusion. » (Benoît XVI) Il est l’incarnation du Dieu qui est amour, la miséricorde du Dieu qui est Vie. « Mais la miséricorde de Jésus n’est pas seulement un sentiment, c’est une force qui donne la vie, qui ressuscite l’homme ! L’Évangile d’aujourd’hui nous le dit aussi, à travers l’épisode de la veuve de Naim. » (Pape François) Pour cela le Pape François enseigne que « la compassion est l’amour de Dieu pour l’homme, sa miséricorde, c’est à dire l’attitude de Dieu devant notre misère humaine, notre indigence, notre souffrance, notre angoisse. Le terme biblique de compassion rappelle les entrailles maternelles : la mère en effet éprouve une réaction bien à elle face à la douleur de ses enfants. » Et le fruit de cette compassion miséricordieuse est la Vie. Pour cela Jésus dit à la mère qui est veuve : « Ne pleure pas ! » et puis il appela le jeune homme mort et le réveilla comme d’un sommeil. (Cf. Lc 7, 13-15)

 

Ce qui me frappe le plus dans l’Évangile de ce dimanche, ce n’est pas tant le miracle de la résurrection d’un mort que le geste de profonde humanité que Jésus accomplit en se rapprochant avec une vraie et sincère compassion de cette veuve qui pleure son fils mort. Jésus est extraordinaire dans cette compassion (com – pâtir c’est à dire souffrir avec, éprouver la même douleur) qui le pousse à faire ce qui est en son pouvoir.

 

Nous n’avons pas ce pouvoir de ressusciter les morts, seulement Dieu peut le faire, mais nous pouvons avoir la même capacité de Jésus de compatir et de ne pas rester aveugle devant la pauvreté et la souffrance que nous rencontrons sur notre route. Il suffit d’accomplir avec compassion les œuvres de miséricorde à travers de petits gestes ordinaires. Par ces œuvres, nous pouvons rendre « miraculeuse » notre humanité, en la rendant «icône » (image) du Christ, vrai Dieu et vrai homme.

 

Si nous n’agissons pas à l’image du Christ, nous ne saurons jamais aimer. Jésus, le Seigneur de la vie, n’est pas seulement à admirer mais aussi à imiter.

 

Si nous pensions comme certains que conserver un cœur pur, digne de Dieu, signifie ne pas le mêler, ne pas le contaminer avec des affections humaines, alors la conséquence logique serait de se rendre insensible à la douleur des autres. Nous serions alors seulement capables d’une charité officielle, aride, sans âme mais non de la vraie charité du Christ, qui est affection et chaleur humaine.

 

2°) Des paroles qui surprennent.

 

Jésus surprenait quand il allait manger avec les pécheurs, quand il s’entretenait avec les enfants, quand il parlait avec les femmes et avec ceux qui étaient considérés comme loin de Dieu. Jésus surprend encore dans ce « com-pâtir » avec cette pauvre veuve qui a aussi perdu son fils. Il étonne aussi et surtout parce qu’il ose dire à cette femme : « Ne pleure pas. » Les pleurs de cette femme étaient provoqués par la douleur de la perte de son fils et à ce moment-là, pour elle, la douleur s’opposait à l’espérance. Pourtant le Christ, avant de ressusciter son fils, lui dit : « Ne pleure pas. » De mémoire d’homme, dans l’histoire de l’humanité, jamais personne n’a manifesté son émotion, sa tendresse compatissante en s’adressant à une personne seule parce que veuve et abandonnée par la mort de son fils unique en lui disant cette parole de consolation : « Femme, ne pleure pas. » Paroles qui non seulement sèchent les larmes mais qui les arrêtent aussi parce que prononcées par Celui qui est la Vie et qui donne la vie.

 

Trois paroles prononcées par Celui seul qui pouvait les prononcer en vérité. Par Celui seul qui pouvait vraiment rendre l’espérance à la douleur apparemment sans espérance, à la douleur de celui qui n’attend plus rien de bon de la vie. En outre, il ne faut pas oublier que la compassion du Christ est gratuite, non seulement parce que la mère veuve ne lui a rien demandé, mais aussi elle ne lui a rien demandé parce qu’aucune personne humaine ne peut mériter un tel miracle.

 

Grâce à cette intervention gratuite du Messie, le cortège funèbre se jette ainsi dans le cortège joyeux qui accompagne le Christ : les deux cortèges se fondent en une seule procession, en un fleuve d’eau de vie. L’affluent qui était destiné à mourir dans un marécage, conflue en un fleuve d’eau vive qui conduit à l’embouchure de la Vie.

 

Pour donner la vie, le Christ vainc la mort afin que tous ceux qui s’aiment restent proches et s’aiment dans son amour compatissant.

 

Il est la Vie revêtue de Miséricorde.

 

Il est la Vie qui se donne à nous sans réserve pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.

 

Il est la Vie qu’aucune tombe ne peut retenir en elle. Il est la Vie qui annonce la Vérité qui libère, même de la mort. Il est la Vie qui ouvre devant nous des horizons infinis.

 

Il nous répète aujourd’hui ce qu’il a dit au jeune homme mort : « Lève-toi. »

 

« Lève-toi », la parole qui aujourd’hui arrive à notre cœur est celle-la même que Dieu a utilisée pour la création de l’homme et que Dieu a souvent répété par la suite dans la Bible non seulement pour soigner mais surtout pour appeler à Lui, pour que nous puissions vivre en communion avec Lui, parce que la vie qu’il donne est vocation de communion avec Lui et avec Ses frères et sœurs en humanité.

 

Aux vierges consacrées dans le monde, Jésus virginal dit : «  Lève-toi ma bien-aimé, ma belle, et viens vite ! O ma colombe, au creux d’un rocher, au plus caché d’une falaise, fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce et ton visage charmant. » Et la Vierge consacrée peut répondre toujours avec le Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui ; pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l’amour est fort comme la mort : ses traits sont des traits de feu, une flamme divine ! Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger. Qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour ne recueillerait que mépris. » (Ct 2, 8-18.14.16a ; 8, 6-7a)

 

Au Christ époux qui les appelle en les invitant à se lever, les vierges consacrées se lèvent dans la foi, se pressent dans l’offrande, ouvrent leur cœur dans une adhésion complète et un abandon total.

 

L’amoureuse initiative du Christ réclame une réponse libre des personnes appelées. Une réponse positive qui présuppose toujours un consentement et une adhésion au projet que Dieu a pour chacune d’elles (mais cela vaut aussi pour chacun de nous). La réponse des vierges consacrées dans le monde témoigne que l’initiative d’amour du Seigneur doit être accueillie dans une attitude nuptiale et exclusive et c’est aussi un hommage reconnaissant à Dieu et une totale collaboration au plan de salut qu’Il poursuit dans l’histoire. (cf CEC n.2062.)

 

Lecture patristique

 

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

 

Sermon 98, 1-3 (PL 38, 591-592)

 

Les miracles de notre Seigneur et Sauveur, Jésus Christ, font certainement impression sur tous les croyants qui les entendent raconter. Mais cette impression n’est pas la même pour tous. Les uns s’extasient devant ses miracles matériels, mais n’ont pas l’intelligence d’autres miracles plus grands encore. Les autres s’émerveillent bien davantage de voir s’accomplir aujourd’hui dans les âmes les miracles que le Christ a opérés dans les corps.

 

Que personne donc, s’il est chrétien, ne doute qu’aujourd’hui encore des morts ressuscitent. Tout homme, il est vrai, a des yeux qui lui permettent de voir un mort ressusciter, comme le fils de la veuve, dont parle l’évangile qui vient d’être lu. Quant à voir ressusciter des hommes morts spirituellement, tous n’en sont pas capables. Seuls le peuvent ceux qui sont déjà eux-mêmes ressuscites spirituellement. Ressusciter quelqu’un pour la vie éternelle est un miracle plus grand que de ressusciter quelqu’un qui est destiné à mourir une seconde fois.

 

La veuve, mère de ce jeune homme, s’est réjouie de sa résurrection. L’Église, notre mère, se réjouit de voir chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. Lui, il était mort de la mort du corps; eux, de la mort de l’âme. Sa mort visible avait donné lieu à des lamentations publiques, puisque leur mort invisible n’a attiré ni l’attention ni les regards des hommes. Le seul à se soucier d’eux était celui qui les savait morts, et le seul qui les savait morts était celui qui pouvait leur rendre la vie.

 

Oui, vraiment, si le Seigneur n’était pas venu ressusciter les morts, l’Apôtre n’aurait pas pu dire: Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera (Ep 5,14).

 

Quand tu l’entends dire: Réveille-toi, ô toi qui dors, tu penses que quelqu’un est en train de dormir. Mais les mots suivants: Relève-toi d’entre les morts te font comprendre qu’il s’agit bien d’un mort. Des morts visibles aussi, on dit souvent qu’ils dorment. De toute évidence, ils dorment tous pour celui qui a le pouvoir de les réveiller.

 

Pour toi, un mort est réellement mort: tu as beau le secouer à ton gré, le pincer, mettre son corps en pièces, il ne se réveillera pas. Mais pour le Christ qui a dit au jeune homme: Lève-toi (Lc 7,17), celui-ci était en train de dormir, et il s’est levé aussitôt. Il est plus facile au Christ de faire lever un mort de sa tombe qu’à quiconque de réveiller un homme dans son lit.

 

En vérité, notre Seigneur Jésus Christ voulait que ses actions visibles soient également comprises dans leur sens spirituel. Or il n’opérait pas de miracles pour faire des miracles seulement, mais pour que ses oeuvres soient un sujet d’admiration pour ceux qui les voyaient, et une source de vérité pour ceux qui les comprenaient. Prenons un exemple. Celui qui voit dans un livre des lettres d’une belle écriture, mais ne sait pas lire, peut bien admirer la beauté des caractères et louer la dextérité du copiste: il ne sait pas ce que ces lettres signifient ni ce qu’elles représentent. Ainsi, il loue ce que voient ses yeux, mais son esprit ne saisit rien. Un autre, en revanche, loue l’habileté du scribe et comprend le sens des mots. Il voit, bien sûr, le texte que tous peuvent voir, mais en outre il peut le lire: ce qui est impossible au premier, qui ne l’a pas appris.

 

De même, parmi ceux qui ont vu les miracles du Christ, les uns n’ont pas compris ce qu’ils signifiaient, ni ce qu’ils enseignaient, d’une certaine manière, à ceux qui en avaient l’intelligence; ils n’ont fait qu’admirer de simples faits matériels. Les autres sont tombés en admiration devant ces prodiges et ont compris en outre ce qu’ils signifiaient. A l’école du Christ, nous devons leur ressembler.

La joie et la passion d’être prêtre, témoignage lu par le pape François

Lettre d’un curé italien au pape François

 

3 JUIN 2016

 

 Jubilé des prêtres, 3e méditation, Saint-Paul-hors-les-Murs, 2 juin 2016, L'Osservatore Romano

Jubilé Des Prêtres, 3e Méditation, Saint-Paul-Hors-Les-Murs, 2 Juin 2016, L'Osservatore Romano

 

Le pape François a présenté le témoignage d’un curé italien, lors de sa troisième méditation pour la retraite du jubilé des prêtres, jeudi, 2 juin, à Saint-Paul-hors les Murs: il témoignage de « la joie et la passion d’être prêtre ».

 

Pour préserver l’anonymat du prêtre, le pape François a enlevé au fur et à mesure de sa lecture les éléments qui auraient pu l’identifier; Mais il venait d’ouvrir la lettre et il voulait rendre hommage à travers lui à tous les « bons prêtres » du monde, devant les quelque 6 000 prêtres venus à Rome pour l’occasion et tous ceux qui étaient connectés à l’événement par la télévision, la radio, ou Internet.

 

Voici notre traduction de ce passage ajouté après la prière de l’Anima Christi.

 

Témoignage raconté par le pape François

 

Et hier j’ai reçu une lettre. Je l’ai ouverte avant de venir et je crois que c’est le Seigneur qui me l’a suggéré. Cette lettre vient d’un curé en Italie. Il est le curé de trois petites localités. Je pense qu’entendre son témoignage nous fera du bien.

 

La lettre est datée du 29 mai depuis quelques jours seulement.

 

« Excusez-moi de vous déranger. Je profite qu’un ami prêtre se trouve à Rome ces jours-ci pour le jubilé, pour vous envoyer sans aucune prétention – comme simple curé de trois petites paroisses de montagne, je préfère me faire appeler ‘petit berger’ – quelques considérations sur mon modeste service pastoral. Ces considérations, je me les suis faites – et je vous en remercie de tout cœur – en écoutant des choses que vous avez dites et qui m’appellent chaque jour à la conversion. Je ne vous écris rien de nouveau, j’en suis bien conscient. Ce sont des choses que vous avez déjà du entendre. Mais j’éprouve le besoin d’en faire écho moi aussi. Je suis frappé par cette invitation que vous nous faite souvent, à nous les prêtres, d’avoir sur nous l’odeur des brebis. Je vis dans les montagnes, je sais bien ce que cela veut dire. On devient prêtre pour sentir cette odeur, qui est le vrai parfum du troupeau.

 

Ça serait tellement bien si le contact quotidien et la fréquentation assidue de notre troupeau, vrai motif de notre appel, n’étaient pas remplacés par tant de paperasseries administratives et bureaucratiques dans les paroisses, l’école maternelle et autre. J’ai la chance d’avoir de braves laïcs compétents qui suivent cela de l’intérieur. Mais, comme seul et unique représentant légal, il reste au curé cette charge juridique. Si bien que celui-ci doit courir partout, reléguant parfois au dernier plan la visite aux malades, aux familles, qu’il effectuera peut-être même à la va vite et tant bien que mal. Je le dis personnellement, il est parfois très frustrant de constater que dans ma vie de prêtre on court beaucoup pour l’appareil bureaucratique et administratif, au détriment de ce petit troupeau qui m’a été confié, puis laissé de côté, comme livré à lui-même. Croyez-moi, Saint-Père, cela est triste et cette carence, tant de fois, me donne envie de pleurer. On cherche à s’organiser, mais on finit par être pris par le tourbillon des activités quotidiennes.

 

Il y a un autre aspect que vous soulignez: la carence de paternité. On dit que la société moderne manque de pères et de mères. Il me semble voir que nous aussi, quelquefois, nous renonçons à cette paternité spirituelle, en nous réduisant brutalement à des bureaucrates du sacré, avec pour triste conséquence ensuite de nous sentir abandonnés à nous-mêmes. Une paternité difficile qui se répercute ensuite inévitablement aussi sur nos supérieurs, pris eux aussi, et on le comprend bien, par leurs charges et problèmes, risquant ainsi de vivre avec nous des liens formels, liés à la gestion de la communauté, plus qu’à notre vie d’hommes, de croyants et de prêtres.

 

Mais tout cela – et je conclus – n’enlève rien à la joie et la passion d’être prêtre, pour les gens et avec les gens. S’il m’arrive parfois de ne pas avoir l’odeur des brebis sur moi, je suis ému à chaque fois de voir que mon troupeau n’a pas perdu l’odeur de son pasteur! Que c’est beau, Saint-Père, quand on s’aperçoit que les brebis ne nous laissent pas seuls, sont le thermomètre de notre » présence » ici pour eux. Si le pasteur devait sortir du sentier et s’égarer, elles l’attrapent et le tiennent par la main. Je ne cesserai jamais de remercier le Seigneur qui nous sauve toujours à travers son troupeau. Ce troupeau qui lui a été confié, des gens simples, bons, humbles et sereins, ce troupeau qui est la vraie grâce du pasteur. En toute confidence je vous ai envoyé ces petites et simples considérations, car vous êtes proche du troupeau, êtes capable de comprendre et pouvez continuer à nous aider et nous soutenir. Je prie pour vous et vous remercie aussi pour vos « coups de semonce » qui me sont nécessaires pour suivre mon chemin. Bénissez-moi cher pape François et priez pour moi et mes paroisses ». Puis le curé signe et ajoute cette phrase propre aux pasteurs: « Je vous laisse une petite offrande. Priez pour mes communautés, en particulier pour certains malades graves et pour les familles en situation de précarité mais pas seulement. Merci! »

 

Cet homme est notre frère. Il y en a beaucoup comme lui, beaucoup vraiment! Ici aussi sûrement. Beaucoup. Il nous indique la route à suivre. Alors avançons! Ne perdez pas la prière. Priez comme vous pouvez, et si vous vous endormez devant le tabernacle, soyez bénis. Mais priez. Ne perdez pas cela. Ne vous lassez pas de regarder la Vierge Marie et de la regarder comme la Mère. Ne perdez pas votre zèle, agissez … Ne perdez pas le sens de la proximité et de la disponibilité et, permettez-moi aussi de vous dire, votre sens de l’humour. Allez-y, continuons!

« Dieu exauce sans tarder ceux qui crient vers lui »

Catéchèse en français sur la persévérance dans la prière

 

25 MAI 2016

 

 

« Dieu exauce toujours sans tarder la prière de ceux qui crient vers lui jour et nuit », explique le pape François dans sa catéchèse, en français, sur la persévérance dans la prière, ce mercredi 25 mai, Place Saint-Pierre.

 

« Frères et sœurs, la parabole de la veuve et du mauvais juge nous enseigne qu’il faut toujours prier, sans se décourager, a souligné le pape: Dieu exauce toujours sans tarder la prière de ceux qui crient vers lui jour et nuit. »

 

« Mais cela ne signifie pas, a-t-il expliqué, qu’il le fasse au moment ni de la manière dont nous le voudrions. »

 

Le pape a insisté sur la relation de confiance que tisse la prière: « La prière nous aide à garder la foi et à faire confiance à Dieu, même si nous ne comprenons pas sa volonté. Sans la prière, la foi vacille. »

 

Il a donné l’exemple de Jésus, exaucé par la résurrection: « Jésus a prié son Père sur la croix pour qu’il le sauve de la mort. Cette prière a été pleinement exaucée, mais le chemin pour obtenir la victoire est passé par la mort elle-même. »

 

Pour le pape, l’important c’est la relation à Dieu et la transformation intérieure que la prière opère: « Pour nous aussi, l’objet de la prière passe au second plan, l’important est la relation avec le Père. La prière transforme notre désir en le rendant conforme à la volonté de Dieu. »

Le pape aux jeunes: «l’importance de la relation avec Dieu»

« L’amour pour le Seigneur » du saint pape Grégoire VII

 

25 MAI 2016

 

En cette fête du pape saint Grégoire VII (v. 1015/1020-1085), le pape François souhaite « que son amour pour le Seigneur » indique aux jeunes « l’importance de la relation avec Dieu ».

 

Il a prononcé ce souhait lors de l’audience générale de ce mercredi 25 mai, Place Saint-Pierre.

 

Le pape a également encouragé les malades « à affronter avec foi les moments de souffrance ».

 

« Je vous stimule, chers nouveaux époux, a-t-il dit, à éduquer chrétiennement les enfants que le Seigneur voudra vous donner. »

Protéger la vie avec courage, message du pape François

Le foetus en tant que patient, congrès à l’hôpital Gemelli

 

25 MAI 2016

 

Le pape François appelle « à un engagement quotidien pour mettre en œuvre le projet de Dieu pour la vie, en la protégeant avec courage et amour ».

 

Le pape a adressé un message aux participants de la conférence intitulée «Protéger la vie : l’Hospice perinatale, comme réponse scientifique, éthique et humaine au diagnostic prénatal»,  fondé, organisée ce mercredi matin 25 mai par l’hôpital italien  Policlinico Gemelli, de l’Université catholique du Sacré-Cœur.

 

L’ « Hospice perinatale » est une toute nouvelle structure du Gemelli, dédié à la médecine du foetus, aux soins palliatifs avant la naissance, et l’accompagnement du foetus en tant que « patient », même dans les conditions pathologiques les plus extrêmes.

 

Le message du pape signé par le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État, a été envoyé à Mgr Claudio Giuliodori, assistant ecclésiastique général de l’Université du Sacré-Cœur.

 

Le pape François invite à se référer constamment « aux valeurs pérennes humaines et chrétiennes » et à prendre la distance face « à culture du rejet qui propose seulement des itinéraires de la mort, pensant éliminer la souffrance en supprimant ceux qui souffrent ».

 

Le pape demande aussi à chercher « de répondre le mieux possible à la pauvreté qu’est la situation de l’enfant avec une pathologie grave, avec le maximum d’amour, en défendant un concept de science qui se fait « service » et non « sélection » ».

 

Le pape remercie « le personnel qualifié » du Policlinico Gemelli pour sa « sollicitude compétente ».

 

Mgr Claudio Giuliodori est intervenu lors de la conférence en parlant des objectifs et des défis de la science d’aujourd’hui. « Avec la croissance des connaissances, a-t-il dit, la science ne semble pas contribuer à la compréhension des vérités les plus profondes et des significations ultimes de la vie », elle « revendique le droit de dominer les processus de génération de la vie au lieu de les servir, les accompagner et d’en prendre soin ».

 

« Nous assistons à une disparition progressive de la valeur et du sens de la vie qui se traduit par l’émergence d’une domination ou d’une maîtrise privée de critères éthiques et de la justice », a-t-il ajouté.

 

« Dans ce contexte, il devient plus fort et urgent de redécouvrir et de donner une forme concrète à une véritable signification de la Miséricorde, a souligné Mgr Giuliodori, qui, dans son sens étymologique signifie « miseri-cor-dare », c’est-à-dire, « donner le cœur aux pauvres » prendre soin de ceux qui sont plus fragiles. »

 

Fête-Dieu: le pape invite à la procession eucharistique

Une procession dont la tradition a été reprise par saint Jean-Paul II

 

25 MAI 2016

 

Le pape François a invité les Romains et les pèlerins à participer à la traditionnelle procession du Corpus Domini demain, jeudi 26 mai, entre le Latran et Sainte-Marie-Majeure.

 

Il s’agit de la Fête-Dieu ou Fête du Saint-Sacrement célébrée soixante jours après Pâques et reportée à dimanche dans certains pays, comme en Italie, et donc à Rome, mais maintenue à jeudi au Vatican. Le pape présidera la messe au Latran à 19h, avant la procession, dont la tradition a été reprise par saint Jean-Paul II.

 

Cette invitation a été faite lors de l’audience générale ce mercredi 25 mai, Place Saint-Pierre.

 

« J’invite les Romains et pèlerins à participer à cet acte public solennel de foi et d’amour envers Jésus réellement présent dans l’Eucharistie », a dit le pape.

 

« Nous adorerons le Très Saint Sacrement en marchant jusqu’à la basilique Sainte Marie-Majeure », a expliqué le pape.

 

L’institution de la fête-Dieu est pour beaucoup due à une sainte religieuse de Belgique dont le confesseur allait devenir pape : sainte Julienne de Mont-Cornillon (1192-1258). La procession du Latran à Sainte-Marie Majeure date, elle du XVe siècle.

 

Urbain IV institua la fête du Corpus Domini par la bulle « Transiturus de hoc mundo » et confia alors à saint Thomas d’Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité, qu’il fixait au jeudi après l’octave de la Pentecôte. La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314.

 

Mais en amont, le pape Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon : c’est à elle que revient le mérite d’avoir demandé au pape l’institution de cette fête.

 

Orpheline, elle avait été recueillie à l’âge de cinq ans, avec sa sœur Agnès, d’un an son aînée, par les Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, elles vécurent d’abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les sœurs.

 

Une vision, dont elle fut favorisée deux ans plus tard, est à l’origine de ses efforts pour faire instituer la Fête-Dieu en l’honneur du Saint-Sacrement.

 

Cependant, devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions : on la traitait de fausse visionnaire. Ses visions, et son interprétation rigoureuse de la règle augustinienne, la firent chasser deux fois du monastère.

 

La première fois, l’évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans le Namurois, auprès d’un monastère cistercien, avant d’embrasser la vie d’ermite recluse, à Fosses.

 

L’abbaye cistercienne de Villers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture, aussi l’iconographie la représente-t-elle parfois revêtue de l’habit des Cisterciennes.

 

Cependant, relayés par la bienheureuse Eve de Liège (+ v. 1266), ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l’Eglise par Urbain IV, six ans après sa mort. C’est lui qui a célébré la première fête solennelle à Orvieto, avec une grande solennité.

 

La solennité du « Corpus Domini » remonte en effet à 1264, lorsque, accueillant les dévotions eucharistiques nées aux XIIe et XIIIe siècles, en réaction contre les doctrines niant la présence réelle du Christ dans le pain et le vin consacrés.

 

C’est aussi à cette époque que remonte le « miracle de Bolsena », ville du bord du lac qui porte son nom, dans le Latium, au nord de Rome. Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, vint à douter de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, alors qu’il célébrait la messe : il vit alors des gouttes de sang couler de l’hostie, tachant le linge d’autel, et la pierre. Informé du fait, le pape demanda qu’on lui remette les linges sacrés et il fit lui-même le déplacement pour les recevoir, accompagné de toute la cour pontificale.

 

Les événements sont relatés par les fresques de la cathédrale d’Orvieto. Une grande partie des reliques y sont conservées : l’hostie, le corporal et les purificatoires de lin.

 

A Bolsena, on peut encore voir l’autel du miracle dans la basilique Sainte-Christine, ainsi que quatre pierres tachées de sang.

 

A Rome, c’est à la fin du XVe siècle, sous Nicolas V, que l’on commença à célébrer la fête par une procession de Saint-Jean à Sainte-Marie. Mais l’actuelle via Merulana ne fut praticable qu’à partir de 1575, date de la fin des travaux voulus par Grégoire XIII. La tradition s’est ensuite maintenue pendant trois siècles.

 

Mais en 1870, année de la prise de Rome, l’usage est tombé dans l’oubli jusqu’à ce qu’elle soit reprise par Jean-Paul II en 1979.

La prière aide à avoir confiance en Dieu, catéchèse du mercredi

« Dieu, plein d’amour miséricordieux » (traduction complète)

 

25 MAI 2016 CONSTANCE ROQUES AUDIENCE GÉNÉRALE

 

« La prière n’est pas une baguette magique », explique le pape François: la prière « aide à conserver la foi en Dieu, à nous confier en lui, même quand nous ne comprenons pas sa volonté ».

 

Le pape a en effet consacré sa 20e catéchèse sur la miséricorde dans le Nouveau Testament – ce mercredi 25 mai, Place Saint-Pierre -, au thème « Prière et miséricorde » ; il a commenté la parabole de la veuve importune et du juge inique, racontée par l’évangéliste saint Luc (cf. Lc 18,1-8).

 

Sans la prière, « la foi vacille », insiste le pape. « Demandons au Seigneur une foi qui se fasse prière incessante, persévérante » afin d’expérimenter « la compassion de Dieu qui, comme un Père, vient à la rencontre de ses enfants, plein d’amour miséricordieux ».

 

Voici notre traduction intégrale de la catéchèse prononcée par le pape François en italien.

 

C.R.

 

Catéchèse du pape François

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

 

La parabole évangélique que nous venons d’entendre (cf. Lc 18,1-8) contient un enseignement important : « La nécessité de toujours prier, sans se décourager » (v.1). Il ne s’agit donc pas de prier quelquefois, quand je le sens. Non, Jésus dit qu’il faut « prier toujours, sans se décourager ». Et il donne l’exemple de la veuve et du juge.

 

Le juge est un personnage puissant, appelé à prononcer des sentences sur la base de la loi de Moïse. C’est pourquoi la tradition biblique recommandait que les juges soient des personnes craignant Dieu, dignes de foi, impartiales et qui ne se laissent pas corrompre (cf. Ex 18,21). Au contraire, ce juge « ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes » (v.2). C’était un juge inique, sans scrupules, qui ne tenait pas compte de la loi mais faisait ce qu’il voulait, selon son intérêt personnel. Une veuve s’adresse à lui pour que justice lui soit rendue. Les veuves, comme les orphelins et les étrangers, étaient les catégories les plus faibles de la société. Les droits qui leur étaient assurés par la loi pouvaient être facilement piétinés parce que, étant des personnes seules et sans défense, elles pouvaient difficilement se faire valoir : une pauvre veuve, là, seule, personne ne la défendait, on pouvait l’ignorer, y compris ne pas lui faire justice. Et de même l’orphelin, de même l’étranger, le migrant : à cette époque, ce problème était très présent. Devant l’indifférence du juge, la veuve recourt à son unique arme : continuer avec insistance de l’importuner en lui présentant sa demande de justice. Et justement grâce à sa persévérance, elle atteint son but. Le juge, en effet, à un certain point, l’exauce non parce qu’il est mû par la miséricorde ni parce que sa conscience le lui impose, mais il admet simplement : « comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer » (v.5).

 

Jésus tire une double conclusion de cette parabole : si la veuve est parvenue à faire plier le juge malhonnête avec ses requêtes insistantes, combien plus Dieu, qui est un Père bon et juste, fera « justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit » ; et en plus, il ne les fera pas « attendre » mais il agira « bien vite » (vv.7-8)

 

C’est pourquoi Jésus exhorte à prier « sans se lasser ». Nous éprouvons tous des moments de fatigue et de découragement, surtout quand notre prière semble inefficace. Mais Jésus nous assure : à la différence du juge malhonnête, Dieu exauce promptement ses enfants, même si cela ne signifie pas qu’il le fait dans les temps et de la manière que nous aimerions. La prière n’est pas une baguette magique ! Elle aide à conserver la foi en Dieu, à nous confier en lui, même quand nous ne comprenons pas sa volonté. En cela, Jésus lui-même – qui priait beaucoup ! – est pour nous un exemple. La Lettre aux Hébreux rappelle que « pendant les jours de sa vie dans la chair, il offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect » (5,7).

 

À première vue, cette affirmation semble invraisemblable, parce que Jésus est mort sur la croix. Et pourtant, la Lettre aux Hébreux ne se trompe pas : Dieu a vraiment sauvé Jésus de la mort en lui donnant une victoire totale sur elle, mais le chemin parcouru pour l’obtenir est passé à travers la mort elle-même. La référence à la supplication que Dieu a exaucée renvoie à la prière de Jésus à Gethsémani. Assailli par l’angoisse imminente, Jésus prie le Père de le délivrer du calice amer de sa passion, mais sa prière est remplie de confiance en son Père et il se remet sans réserve à sa volonté : « Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » Mt 26,39).

 

L’objet de la prière passe au second plan ; ce qui importe plus que tout est la relation avec le Père. Voilà ce que fait la prière : elle transforme le désir et le façonne selon la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit, parce que celui qui prie aspire avant tout à l’union avec Dieu qui est amour miséricordieux.

 

La parabole se termine par une question : « Cependant le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?» (v. 8). Et avec cette question, nous sommes tous mis en garde : nous ne devons pas abandonner la prière même si elle ne reçoit pas de réponse. C’est la prière qui conserve la foi, sans elle la foi vacille ! Demandons au Seigneur une foi qui se fasse prière incessante, persévérante, comme celle de la veuve de la parabole, une foi qui se nourrisse du désir de sa venue. Et dans la prière, nous expérimentons la compassion de Dieu qui, comme un Père, vient à la rencontre de ses enfants, plein d’amour miséricordieux.

 

 

Audience jubilaire: «Secouer l’indifférence qui empêche de voir…»

Message aux francophones et catéchèse en français

 

14 MAI 2016 AUDIENCE GÉNÉRALE

 

 

Le pape François invite les francophones à « secouer l’indifférence qui empêche parfois de voir les besoins des frères ».

 

Le pape a tenu aune « audience jubilaire » du samedi, place Saint-Pierre, sous les parapluies, tandis que les malades pouvaient la suivre depuis la Salle Paul VI, avec écran géant, ce 14 mai 2016.

 

Au début de l’audience, le pape a remercié les visiteurs présents pour leur « courage » d’avoir affronté la pluie et il les a invités à saluer les malades par un applaudissement, mais il a été un peu faible, alors le pape a fait remarquer en souriant: « Ce n’est pas facile d’applaudir avec un parapluie en main! »

 

« Je salue cordialement les pèlerins de langue française, a dit le pape après la synthèse en français de sa catéchèse. Par l’intercession de la Vierge Marie, nous sommes invités, en cette veille de la Pentecôte, à secouer notre indifférence qui nous empêche parfois de voir les besoins de nos frères, et de nous libérer de la servitude des biens matériels. Que Dieu vous bénisse. »

 

En cette veille de Pentecôte, il avait en effet consacré sa catéchèse sur la miséricorde dans le Nouveau Testament à l’un des sept dons du Saint Esprit le don de « pietà » : l’italien signifie à la fois piété et pitié.

 

La catéchèse en français traduit pitié : « Frères et sœurs, un aspect de la miséricorde consiste à éprouver de la pitié envers ceux qui ont besoin d’être aimés. »

 

« La pitié, a-t-il précisé, n’est pas un piétisme ou une émotion superficielle, qui pourrait offenser la dignité de l’autre. »

 

La pitié, a souligné le pape, est « un don du Saint Esprit que le Seigneur fait à ses disciples pour les rendre dociles à obéir aux inspirations divines ».

 

Il a donné en exemple les rencontre rapportées par les évangiles : « Souvent dans l’Evangile les personnes demandent à Jésus d’avoir pitié d’elles, pressentant qu’il a le pouvoir de les secourir, et qu’en lui se trouve l’amour même de Dieu. »

 

Et voilà la réponse du Christ : « Portant sur eux un regard de miséricorde, il leur répond toujours d’avoir confiance en lui et en sa Parole. »

 

« Pour Jésus éprouver de la pitié c’est partager la tristesse des malheureux, et la transformer en joie », a conclu le pape.

Jean-Paul II, le miséricordieux: le pardon du 13 mai 1981

Le pardon, puissant ressort de l’histoire

 

13 MAI 2016 "VISITATIONS" DE MARIE, JEAN-PAUL II

 

Marie Mère De L'Eglise, Mosaïque, Place Saint-Pierre, En Souvenir De La Protection De La Vierge Le 13 Mai 1981, Capture

 

Des coups de feu, un pardon. En cette année sainte extraordinaire de la miséricorde, on peut affirmer avec plus de pertinence que jamais que le 13 mai n’est pas tant l’anniversaire du tragique attentat contre la vie de saint Jean-Paul II, place Saint-Pierre, à l’occasion d’une audience générale, que l’anniversaire de la protection maternelle de la Vierge Marie et celui d’un pardon, immédiat, puisé à la spiritualité de la miséricorde qui imprégnait toute la vie de Karol Wojtyla. Cette spiritualité était nourrie par le témoignage de sainte Faustine, certes, mais aussi par celui de  l’offrande à l’Amour miséricordieux de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, dont il a fait un docteur de l’Eglise.

 

Devant l’immédiateté du pardon après la violence, on ne peut pas ne pas penser à l' »aussitôt » de saint Jean: « un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19, 34), un aussitôt divin, qui se manifeste dans la vie des saints, en réponse au mal. La miséricorde est la limite imposée par Dieu au mal écrit Jean-Paul II: « La limite imposée au mal, dont l’homme est l’auteur et la victime, est en définitive la Divine Miséricorde » (Mémoire et identité, p.71) .

 

Jean-Paul II n’était pas simplement rescapé d’un danger mortel, grâce à la Vierge de Fatima, dont la couronne porte sertie la balle qui a frappé le pape : « Totus Tuus ». Il était aussi l’homme du don de soi pour la vie de l’autre: il refusait tout gilet pare-balles. Il était aussi l’homme du pardon offert au « frère » qui avait attenté à sa vie.

 

Commémorer cet anniversaire c’est donc méditer sur cet héritage pour pouvoir se l’approprier. Pour Jean-Paul II, ce qui est en jeu, c’est la «fraternité» universelle: le pardon est un puissant ressort de l’histoire de l’humanité qui marche vers son unité, le remède au meurtre d’Abel.

 

Le pardon immédiat

 

Son secrétaire particulier de l’époque, le cardinal Stanislas Dziwisz a confirmé ce pardon immédiat : il était à ses côtés dans la voiture de l’attentat et dans l’ambulance.

 

Il l’a entendu murmurer des prières pour son agresseur : « déjà, il lui pardonnait ». Et, ajoute ce témoin éminent : il a offert sa souffrance « pour l’Eglise et pour le monde ».

 

Plus encore, il « remerciait le Seigneur d’avoir pu souffrir », a-t-il rappelé le 25 avril 2014, à la veille de la canonisation. Don de soi et pardon.

 

A 17h21, le pape Wojtyla est atteint par deux projectiles tirés Mehmet Ali Agça, extrémiste turc de 23 ans. Le pape s’écroule sur la jeep. Autour de lui, peur et l’incrédulité. Il est immédiatement emporté à l’antenne médicale du Vatican.

 

L’infirmier qui l’assiste sur l’ambulance, Leonardo Porzia, prend littéralement le pape dans ses bras pour le placer sur un brancard. Il restera auprès du pape jusqu’à son hospitalisation à la polyclinique Gemelli.

 

Pour arriver à l’hôpital Gemelli, l’ambulance met 8 minutes : un record, à cette heure-là à Rome, si l’on ajoute que la sirène était en panne.

 

L’opération dure cinq heures, tandis que la foule en prière ne quitte pas le parvis de Saint-Pierre.

 

Mais lors de la transfusion sanguine, le pape contracte un cytomégalovirus (CMV) qui va le conduire une seconde fois aux portes de la mort quelques semaines plus tard.

 

Une vie offerte

 

Jean-Paul II lui-même faisait mémoire chaque année cet anniversaire en célébrant la messe – sacrifice du Christ et action de grâce – à l’heure de l’attentat.

 

Le postulateur de sa cause de canonisation, Mgr Slawomir Oder, a rappelé, dans « Le vrai Jean-Paul II » (2011) : « Rien n’était plus facile que de tirer sur le pape qui se montrait aux gens sans protection ». Sans protection matérielle. Il avait refusé le gilet pare-balles car, comme il le confiait à un ami : « Le pasteur doit toujours être au milieu de ses brebis, même au prix de la vie ».

 

Rappeler l’attentat, c’est donc aussi rappeler que cette vie était totalement offerte, abandonnée entre les mains de la Providence, selon le titre de son livre sur sa vocation « Don et mystère », en même temps que le pardon a été accordé « aussitôt ».

 

Jean-Paul II convalescent confia ce message au monde lors de la prière mariale du Regina Coeli, depuis sa chambre du Gemelli, le 17 mai 1981: « Je prie pour mon frère qui m’a frappé et auquel j’ai sincèrement pardonné ».

 

Deux ans plus tard, il s’est rendu à la prison romaine de Rebibbia, pour rencontrer son agresseur, le 27 décembre 1983. Il a expliqué ensuite: « Aujourd’hui, j’ai pu rencontrer mon agresseur et lui réitérer mon pardon, comme je l’avais aussitôt fait, dès que j’ai pu. Nous nous sommes rencontrés en hommes et en frères et toutes les vicissitudes de notre vie mènent à cette fraternité ». Le prix de la fraternité, qui passe par le sang versé et par le pardon offert.

 

L’émission télévisée française « La marche du siècle » consacrée au thème du pardon diffusera les images de la rencontre.

 

Lettre inédite à Ali Agça

 

Dans une « lettre ouverte » publiée pour la première fois par Mgr Oder, en date du 11 septembre 1981, en vue de l’audience générale du 21 octobre, le pape affirme qu’il a pardonné dès l’ambulance, et il y voit un don de Dieu : « Le dimanche 17 mai, ces paroles ont été prononcées publiquement. Mais la possibilité de les prononcer plus tôt encore, dans l’ambulance qui me conduisait du Vatican à l’hôpital Gemelli, où j’ai subi ma première intervention chirurgicale décisive, je la tiens pour le fruit d’une grâce particulière accordée par Jésus, mon Seigneur et mon maître. Oui ! Je crois que c’est une grâce particulière de Jésus crucifié qui, parmi toutes les paroles prononcées sur le Golgotha, avait dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’il font [Luc, 23, 34] ».»

 

Jean-Paul II écrit encore: « L’acte de pardon est la condition première et fondamentale pour que nous, les hommes, ne soyons pas séparés et opposés les uns aux autres, comme des ennemis. Parce que nous cherchons auprès de Dieu, qui est notre Père, l’entente et l’union. C’est important et essentiel lorsqu’il s’agit du comportement d’un homme envers un autre… »

 

Humilité, fruit du pardon

 

Le texte prononcé à l’audience du 1er octobre 1981 – en italien sur le site du Vatican -, parle de ce pardon en termes de « grâce et mystère du coeur humain ». Jean-Paul II rappelle que Jésus, en croix, « nous a appris à pardonner » : « le pardon est une grâce à laquelle on doit penser avec humilité et avec une gratitude profonde. C’est un mystère du coeur humain, dont il est difficile de parler. Cependant, je voudrais m’arrêter sur ce que j’ai dit. Je l’ai dit parce que cela fait partie de l’événement du 13 mai dans son ensemble ».

 

Il confie que pendant ses trois mois d’hospitalisation lui sont souvent revenues en mémoire les pages de la Genèse sur le meurtre d’Abel par Caïn, qui parle du « premier attentat de l’homme à la vie de l’homme, du frère à la vie du frère ».

 

Plus jamais Caïn et Abel

 

« A cette époque, donc, a rapporté Jean-Paul II, toujours le 21 octobre 1981, quand l’homme qui a attenté à ma vie était sous procès, et quand il a reçu la sentence, je pensais au récit de Caïn et Abel, qui exprime bibliquement le « commencement » du péché contre la vie de l’homme ».

 

Il applique sa méditation à la situation de l’humanité d’aujourd’hui, et ces mots n’ont pas perdu leur actualité tragique : « A notre époque, où le péché contre la vie de l’homme est devenu menaçant à nouveau et de façon nouvelle, alors que tant d’hommes innocents périssent des mains d’autres hommes, la description biblique de ce qui est arrivé entre Caïn et Abel, devient particulièrement éloquente. Encore plus complète, encore plus bouleversante que le commandement même de « ne pas tuer ». Ce commandement appartient au Décalogue, que Moïse a reçu de Dieu, et qui est en même temps écrit dans le cœur de l’homme comme une loi intérieure de l’ordre moral pour tout le comportement humain. »

 

« Est-ce qu’elle ne nous parle pas encore plus de l’interdiction absolue de « ne pas tuer » cette question de Dieu adressée à Caïn : « Où est ton frère ? » Et après la réponse évasive de Caïn – « Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? » – suit l’autre question divine : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie vers moi depuis le sol !», a demandé le pape.

 

« Le Christ, a insisté Jean-Paul II, nous a enseigné à pardonner. Le pardon est indispensable aussi afin que Dieu puisse poser à la conscience humaine des questions pour lesquelles il attend une réponse en toute vérité intérieure. »

 

Proche de l’agresseur

 

Plus encore, le pape souligne la nécessité pour le chrétien de « s’approcher » de celui qui a tué, avec le pardon pour seule arme: « En ce temps où tant d’hommes innocents périssent des mains d’autres hommes, il semble que s’impose un besoin spécial de s’approcher de chacun de ceux qui tuent, de s’approcher avec le pardon dans le cœur, et ensemble avec la même question que Dieu, Créateur et Seigneur de la vie humaine, a posée au premier homme qui avait attenté à la vie de son frère, et la lui avait enlevée – il avait enlevé ce qui est la propriété du seul Créateur et du Seigneur de la vie. »

 

Jean-Paul II insiste sur la leçon de ce 13 mai 1981 en concluant par les paroles du Notre Père sur le pardon : « Le Christ nous a enseigné à pardonner. Il a enseigné à Pierre à pardonner « jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18, 22). Dieu lui-même pardonne quand l’homme répond à la question adressée à sa conscience et à son cœur avec toute la vérité intérieure de la conversion. En laissant à Dieu lui-même le jugement, et la sentence, dans sa dimension définitive, ne cessons pas de demander : ‘Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés’. »

 

Le pardon, moteur de l’histoire

 

Pour Jean-Paul II, le pardon est un moteur de l’histoire. Son pardon a eu un impact certain sur le général polonais Wojciech Jaruzelski, comme le rappelle Mgr Oder : « Après avoir été grièvement blessé dans un attentat en 1994, il décidera de ne pas punir les responsables, expliquant que l’exemple du pape l’avait profondément touché. »

 

Mgr Oder nous a confié, à propos de l’héritage spirituel de Jean-Paul II : « Il y a de très nombreuses interventions de lui sur la miséricorde, la magnanimité, la capacité d’imiter la grandeur de l’amour de Dieu qui se penche sur l’homme faible et fragile. Lui-même disait que le pardon – et cela, il l’a dit dans la lettre qu’il pensait publier, la lettre ouverte à Ali Agça après l’attentat, et qui ensuite n’a pas été publiée – il disait que le pardon est le fondement de tout vrai progrès de la société humaine. »

 

Et d’expliquer : « La miséricorde signifie, essentiellement, la compréhension pour la faiblesse, la capacité de pardonner. Cela signifie aussi l’engagement à ne pas recevoir en vain la grâce que le Seigneur donne, mais produire dans sa vie des fruits dignes de qui a été « gracié », et revêtu de la miséricorde de Dieu. »

 

En des termes d’actualité en ce Jubilé de la Miséricorde, Mgr Oder n’hésite pas à affirmer que pour Jean-Paul II le pardon constitue un instrument politique, un moteur de l’histoire des Nations, « parce qu’il avait une vision chrétienne – théologique – de l’histoire, où tout ne peut pas être réduit à un simple jeu économique ou politique, où les éléments d’humanité – la compassion, la compréhension, le repentir, le pardon, l’accueil, la solidarité, l’amour -, deviennent des éléments fondamentaux pour faire une vraie politique de Dieu ».

 

La mosaïque commémorative

 

Le saint pape a voulu que le souvenir de l’intervention de la Vierge Marie soit manifesté, place Saint-Pierre, par une mosaïque qui représente Marie « Mère de l’Eglise ». On y lit sa devise: « Totus Tuus ».

 

L’image, de plus de 2,5 mètres, a été installée, entre novembre et décembre 1981, soit près de 6 mois après l’attentat, sur une façade du Palais apostolique située à droite de la basilique Saint-Pierre.

 

En souvenir de l’attentat, Jean-Paul II souhaitait qu’une image de la Vierge soit placée à un endroit bien visible: place Saint-Pierre où la statue du Christ était entourée des apôtres et de nombreux saints disséminés sur la colonnade, il n’y avait pas d’effigie visible de la Vierge.

 

Jean-Paul II fit savoir qu’une représentation de la Vierge comme Mère de l’Eglise lui aurait plu parce que la Vierge « a toujours été unie à l’Eglise » et qu’elle a toujours été « particulièrement proche dans les moments difficiles de son histoire ». Jean-Paul II ajouta « qu’il était personnellement convaincu que le 13 mai, la Vierge Marie avait été présente place Saint-Pierre pour sauver la vie du pape », rapporte le cardinal Giovanni Battista Re. La représentation d’une Vierge à l’Enfant située dans la basilique Saint-Pierre et intitulée Mater Ecclesiae – Mère de l’Eglise – servit de modèle à cette mosaïque, moyennant quelques retouches à la représentation de l’Enfant Jésus, ainsi qu’à la couleur afin qu’elle soit visible à grande distance. Elle a substitué une fenêtre déjà existante.

 

Le 8 décembre 1981, fête de l’Immaculée Conception, Jean-Paul II « avant de réciter l’Angélus, bénit l’image mariale, signe de la protection céleste sur le souverain pontife, sur l’Eglise et qui se trouve place Saint-Pierre ».

 

Une plaque à l’emplacement de l’attentat

 

Et, depuis 2006, pour le 25e anniversaire de l’attentat, les visiteurs peuvent voir, Place Saint-Pierre, une plaque commémorative à l’endroit où le pape est tombé sous les balles d’Ali Agça.

 

Ce carré de marbre de 40 centimètres marque en effet le lieu où le jeune terroriste turc a grièvement blessé Jean-Paul II.

 

Placée sur le côté droit de la place lorsqu’on regarde la façade de la basilique, la plaque porte la date de l’attentat, en chiffres romains, et le blason de Jean-Paul II.

 

La mémoire de la violence subie, pacifiée par le pardon vécu comme une grâce de Dieu, s’allie à la mémoire pleine de gratitude pour l’intervention protectrice de la Vierge Marie.

Thérèse, Docteur de la Miséricorde Infinie (6/7)

L’Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux

 

3 MAI 2016

Sainte Thérèse De L'Enfant Jésus Et De La Sainte Face, De Lisieux

 

« L’Offrande à l’Amour Miséricordieux, comme centre de la vie et de la doctrine de sainte Thérèse de Lisieux »: c’est le titre de cette conférence du P. François-Marie Léthel, ocd, que nous publierons en sept épisodes, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

« Déclarée Docteur de l’Eglise par le saint Pape Jean-Paul II, la petite Thérèse est le grand Docteur de la Miséricorde pour tout le Peuple de Dieu, et son Offrande à l’Amour Miséricordieux est à la fois le centre et le point culminant de son enseignement », écrit d’emblée le P. Léthel.

 

L’auteur souhaite « faire comprendre l’importance de cette offrande à l’Amour Miséricordieux, qu’il convient de faire personnellement, pour vivre dans la plus grande profondeur la grâce de cette année sainte de la Miséricorde ».

 

Ici il fait observer que l’Acte d’Offrande à l’Amour miséricordieux « est la plus belle expression du christocentrisme trinitaire de Thérèse ».

 

Nous avons publié le premier volet  mardi 26 avril 2016, le  deuxième volet mercredi, 27 avril, le 3e le jeudi 28 et le 4e, vendredi 29 avril, le 5e, hier, lundi 3 mai. Voici donc le 6e volet consacré à l’offrande de sainte Thérèse à l’Amour miséricordieux. Le 7e et dernier volet sera publié demain, mercredi, 4 mai.

 

II/ « Se jeter dans vos bras et accepter votre Amour Infini… »:

 

L’Amour comme don total de soi-même à l’Amour Miséricordieux de Jésus dans la Trinité

 

a/ Le récit de l’Offrande (Conclusion du Manuscrit A) [30 avril]

 

b/ L’Acte d’Offrande

 

Dans son récit, Thérèse vient de nous donner la clef de lecture de son Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux, de cette admirable prière de Consécration à la Miséricorde Infinie qu’elle offre à tout le Peuple de Dieu. Il convient de la citer intégralement pour ne pas en briser l’unité et la dynamique. Les numéros ont été ajoutés pour faciliter le commentaire:

 

Offrande de moi-même

 

comme Victime d’Holocauste

 

à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu

 

(1) O mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Eglise en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu d’être vous-même ma Sainteté.

 

            (2) Puisque vous m’avez aimée jusqu’à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son Coeur brûlant d’Amour.

 

            (3) Je vous offre encore tous les mérites des Saints (qui sont au Ciel et sur la terre) leurs actes d’Amour et ceux des Saints Anges ; enfin je vous offre, ô Bienheureuse Trinité ! L’Amour et les mérites de la Sainte Vierge, ma Mère chérie, c’est à elle que j’abandonne mon offrande la priant de vous la présenter. Son Divin Fils, mon Epoux Bien-Aimé, aux jours de sa vie mortelle, nous a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, il vous le donnera ! » Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs ; je le sais, ô mon Dieu ! plus vous voulez donner, plus vous faites désirer. Je sens en mon coeur des désirs immenses[1] et c’est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah ! je ne puis recevoir la Sainte Communion aussi souvent que je le désire, mais, Seigneur, n’êtes-vous pas Tout-Puissant ?… Restez en moi, comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie.

 

            (4) Je voudrais vous consoler de l’ingratitude des méchants et je vous supplie de m’ôter la liberté de vous déplaire, si par faiblesse je tombe quelquefois qu’aussitôt votre Divin Regard purifie mon âme consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même……

 

            (5) Je vous remercie, ô mon Dieu ! de toutes les grâces que vous m’avez accordées, en particulier de m’avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C’est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour portant le sceptre de la Croix ; puisque vous avez daigné me donner en partage cette Croix si précieuse, j’espère au Ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre Passion…

 

            (6) Après l’exil de la terre, j’espère aller jouir de vous dans la Patrie, mais je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour, dans l’unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Coeur Sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement.

 

            (7) Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes oeuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé !

 

            (8) A vos yeux le temps n’est rien, un seul jour est comme mille ans, vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous…

 

            (9) Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu’ainsi je devienne Martyre de votre Amour, ô mon Dieu!

 

            (10) Que ce martyre après m’avoir préparée à paraître devant vous me fasse enfin mourir et que mon âme s’élance sans retard dans l’éternel embrassement de Votre Miséricordieux Amour.

 

            (11) Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon coeur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que les ombres s’étant évanouies je puisse vous redire mon Amour dans un Face à Face Eternel !

 

Du point de vue théologique et spirituel, cette prière est d’une richesse inépuisable. Elle synthétise tout ce que nous avons vu précédemment, et nous n’en donnerons qu’un très bref commentaire. Il faut surtout la prier souvent, et si possible renouveler tous les jours au moment de la Communion les paroles essentielles de l’Offrande (9) indiquées en italique.

 

Cet Acte d’Offrande est la plus belle expression du christocentrisme trinitaire de Thérèse. Après l’invocation initiale à toute la Trinité (1), notre Sainte s’adresse successivement au Père qui a donné son Fils Unique (2), à Jésus dans les Mystères de l’Eucharistie, de sa Passion, de sa Face et de son Coeur (3-8), à l’Esprit-Saint comme « feu de l’Amour » et « flots d’infinies tendresse » (9). Elle s’offre tout entière par les mains de Marie à qui « elle abandonne son offrande » (3). Elle se donne tout entière comme « holocauste » au Feu de l’Esprit-Saint et dans ce Feu, elle se donne à Jésus dans l‘Eglise son Epouse. Par Jésus elle se donne au Père comme Enfant dans le Fils Unique. Elle se donne au Père, par Jésus dans l’Esprit-Saint: offrande baptismale, offrande trinitaire dont le centre est toujours Jésus. Cette prière est une magnifique illustration du symbole baptismal, de notre Credo où Jésus est contemplé au centre de la Trinité entre le Père et l’Esprit-Saint.

 

On remarque dès le début (1) l’expression des deux plus grands désirs de Thérèse: Sauver les âmes qui sont sur la terre (c’est-à-dire toutes les âmes) et être Sainte, les deux désirs inséparables qui sont l’objet de son espérance.

 

Thérèse appelle Jésus: « Mon Epoux » (2 et 3) et « mon Bien-Aimé » (7 et 11). Cette réalité de l’Amour sponsal du Christ est fondamentale chez elle, exprimée surtout dans la perspective de la vie consacrée, comme par exemple dans sa Prière au jour de la Profession, publiée dans l’Histoire d’une âme juste avant cet Acte d’Offrande. Or, ici, dans l’Acte d’Offrande, la perspective de l’amour sponsal est plus profonde et plus large; elle concerne tous les baptisés, hommes ou femmes, mariés ou consacrés. Toute âme est réellement rachetée et épousée par Jésus dans la grâce du baptême, et toute âme est appelée vivre pleinement cette grâce jusqu’au « mariage spirituel » de la sainteté (cf. St Jean de la Croix, Cantique B, str 23).

 

La brève référence à Marie dans l’offrande de Thérèse est en réalité essentielle, et pour en comprendre l’importance, il convient de se référer à la Consécration de saint Louis-Marie de Montfort. Marie est nommée dans notre Credo, au coeur du Mystère de l’Incarnation. C’est par Elle et en Elle que le Père nous a donné son Fils Unique par l’action de l’Esprit-Saint. Saint Louis-Marie met en lumière cette place unique de Marie dans le mouvement descendant de l’Incarnation et dans le mouvement ascendant de notre divinisation. De façon plus explicite que Thérèse, il situe sa Consécration dans la perspective baptismale, et comme elle, il se réfère à l’Eucharistie. Sa symbolique de l’esclavage d’amour correspond exactement à celle de l’holocauste à l’amour. Ces deux fortes expressions bibliques se réfèrent également au Sacrifice de la Croix, de Celui qui « a pris la condition d’esclave pour notre amour » (cf. Phil 2, 7-8, repris dans le Traité de la Vraie Dévotion, n. 72)[2].

 

***

 

NOTES

 

            [1] Thérèse avait d’abord écrit « infinis », mais ce mot a été malheureusement censuré par un « théologien » consulté par la Prieure, alors qu’il était parfaitement juste (dans la lumière de Ste Catherine et de St Thomas).

 

            [2] Dans sa très belle Lettre aux Familles Montfortaines du 8 décembre 2003, saint Jean-Paul II explique très clairement ce symbole de l’esclavage d’amour. Malheureusement, le manuscrit autographe du Traité est incomplet, et il manque la formule de Consécration qui devait se trouver à la fin. A sa place, on publie toujours la formule de Consécration que saint Louis-Marie avait placé à la fin de son premier grand traité: l’Amour de la Sagesse Eternelle (n. 223-227). On peut lui préférer la grande prière de renouvellement de la Consécration dans le Secret de Marie (n. 66-69) adressée successivement à Jésus, à l’Esprit-Saint et à Marie. Mais la meilleure expression est sans doute la formule très brève, continuellement recopiée par Karol Wojtyla, depuis l’âge de 20 ans jusqu’à sa mort, et qui se trouve vers la fin du Traité, comme préparation à la sainte Communion: « Totus tuus ego sum et omnia mea tua sunt. Accipio Te in mea omnia. Praebe mihi cor tuum, Maria – Je suis tout à toi et tout ce qui est à moi est à toi. Je te prends pour tout mon bien. Donne-moi ton cœur, O Marie » (Traité de la vraie dévotion à Marie, n. 266).

« Ta foi t’a sauvée », catéchèse en français

Audience du mercredi

 

20 AVRIL 2016

 

Après la catéchèse du pape François à l’audience générale de ce mercredi, 20 avril, un collaborateur a prononcé, en français, la synthèse que nous reproduisons ci-dessous.

 

Frères et sœurs,

 

Le passage de l’Evangile de saint Luc que nous avons entendu nous présente deux figures: celle de Simon, un zélé serviteur de la loi et celle d’une femme pécheresse. Alors que le premier juge les autres sur les apparences, et n’engage pas sa vie à la suite du Maître, la seconde, par ses gestes, exprime son cœur avec sincérité, se confiant pleinement à Jésus, avec amour et vénération.

 

Jésus se met du côté de la pécheresse et met fin à l’isolement auquel le jugement impitoyable du pharisien et de ses compatriotes la condamnait. Voyant la sincérité de sa foi et de sa conversion, Jésus peut donc lui dire: «ta foi t’a sauvée». Elle nous enseigne ainsi le lien entre foi, amour et reconnaissance.

 

Celui auquel on a beaucoup pardonné aime plus. Dieu nous a tous enfermés dans le mystère de sa miséricorde, et de cet amour, qui nous précède tous, nous apprenons tous à aimer. La miséricorde de Dieu va au-delà de toutes nos attentes, car elle réalise le projet de salut de Dieu pour chacun de nous.

 

 

Les larmes et le pardon, catéchèse du mercredi

Traduction complète de la catéchèse donnée en italien

 

20 AVRIL 2016

 

Une femme pécheresse vient baigner de larmes les pieds de Jésus en train de dîner chez Simon, un pharisien.

 

Le pape François, dans sa catéchèse de ce mercredi 20 avril, a poursuivi sa méditation sur la miséricorde dans le Nouveau Testament en commentant cet épisode choisi dans l’Evangile selon saint Luc.

 

Nous donnons, dans notre traduction, le texte complet de la catéchèse du pape.

 

 

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

 

Aujourd’hui, nous voulons nous arrêter sur un aspect de la miséricorde bien représenté dans le passage de l’Évangile de Luc que nous avons écouté. Il s’agit d’un fait qui est arrivé à Jésus alors qu’il était l’hôte d’un pharisien nommé Simon. Celui-ci avait voulu inviter Jésus chez lui parce qu’il avait entendu dire du bien de lui, comme d’un grand prophète. Et tandis qu’ils se trouvaient assis à table, une femme entre, connue comme pécheresse de tout le monde en ville. Celle-ci, sans dire un mot, se met aux pieds de Jésus et se met à pleurer ; ses larmes inondent les pieds de Jésus et elle les essuie avec ses cheveux, puis elle les embrasse et répand sur eux une huile parfumée qu’elle a apportée avec elle.

 

La comparaison entre les deux personnages saute aux yeux : Simon, le zélé serviteur de la loi et cette femme pécheresse anonyme. Alors que le premier juge les autres sur leur apparence, la seconde laisse sincèrement parler son cœur à travers ses gestes. Simon, bien qu’il ait invité Jésus, ne veut pas se compromettre ni impliquer sa vie avec le maître ; la femme, au contraire, lui fait pleinement confiance avec amour et vénération.

 

Le pharisien ne conçoit pas que Jésus se laisse « contaminer » par les pécheurs. Il pense que s’il était vraiment prophète, il devrait les reconnaître et les maintenir éloignés pour ne pas être taché par eux, comme s’ils étaient des lépreux. Cette attitude est typique d’une certaine manière de comprendre la religion et elle est motivée par le fait que Dieu et le péché s’opposent radicalement. Mais la Parole de Dieu nous apprend à distinguer entre le péché et le pécheur : avec le péché, il ne faut pas s’abaisser à se compromettre, tandis que les pécheurs – c’est-à-dire nous tous ! – nous sommes comme des malades qui doivent être soignés et, pour les soigner, il faut que le médecin s’approche d’eux, qu’il leur rende visite et qu’il les touche. Et naturellement, pour être guéri, le malade doit reconnaître qu’il a besoin du médecin !

 

Entre le pharisien et la femme pécheresse, Jésus se range du côté de cette dernière. Jésus, libre des préjugés qui empêchent la miséricorde de s’exprimer, la laisse faire. Lui, le Saint de Dieu, se laisse toucher par elle sans craindre d’être contaminé. Jésus est libre, parce qu’il est près de Dieu qui est un Père miséricordieux. Et cette proximité avec Dieu, le Père miséricordieux, donne à Jésus la liberté. Et plus encore, entrant dans une relation avec la pécheresse, Jésus met fin à cette situation d’isolement à laquelle le jugement sans pitié du pharisien et de ses concitoyens – qui l’exploitaient – la condamnaient : « Tes péchés sont pardonnés » (v. 48). La femme, maintenant, peut donc aller « en paix ». Le Seigneur a vu la sincérité de sa foi et de sa conversion ; c’est pourquoi il proclame devant tous : « Ta foi t’a sauvée » (v. 50). D’un côté, cette hypocrisie du docteur de la loi, de l’autre la sincérité, l’humilité et la foi de cette femme. Nous sommes tous pécheurs, mais bien souvent nous tombons dans la tentation de l’hypocrisie, de nous croire meilleurs que les autres et nous disons : « Regarde ton péché… » Nous devons tous, au contraire, regarder notre péché, nos chutes, nos erreurs et regarder le Seigneur. C’est celle-là la ligne du salut : la relation entre le « je » pécheur et le Seigneur. Si je me sens juste, cette relation de salut n’est pas donnée. À ce moment, un étonnement encore plus grand envahit tous les invités : « Qui est cet homme qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » (v. 49). Jésus ne donne pas de réponse explicite, mais la conversion de la pécheresse est sous les yeux de tous et manifeste qu’en lui resplendit la puissance de la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs.

 

La femme pécheresse nous enseigne le lien entre foi, amour et reconnaissance. De « nombreux péchés » lui ont été pardonnés et c’est pour cela qu’elle aime beaucoup ; « mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (v. 47). Simon lui-même doit admettre que celui à qui il a été donné davantage aime plus. Dieu a renfermé tout le monde dans le même mystère de la miséricorde ; et à partir de cet amour qui nous précède toujours, nous apprenons tous à aimer. Comme le rappelle saint Paul : « En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence» (Ép 1,7-8). Dans ce texte, le terme de « grâce » est pratiquement synonyme de miséricorde et elle est dite « débordante», c’est-à-dire au-delà de toutes nos attentes, parce qu’elle réalise le projet salvifique de Dieu pour chacun de nous.

 

Chers frères, soyons reconnaissants pour le don de la foi, remercions le Seigneur pour son amour si grand et non mérité ! Laissons l’amour du Christ se déverser en nous : le disciple puise dans cet amour et se fonde dessus ; de cet amour chacun peut se nourrir et s’alimenter. Ainsi, dans l’amour reconnaissant que nous déversons à notre tous sur nos frères, dans nos maisons, en famille, dans la société, la miséricorde du Seigneur se communique à tous.

«Dire et ne pas faire, c’est un mensonge», homélie

Messe du 23 février à Sainte-Marthe

 

Le christianisme n’est pas une « religion du dire » : « Dieu est concret », et « dire et ne pas faire, c’est un mensonge », affirme le pape François.

 

Le pape a présidé la messe en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe du Vatican ce mardi 23 février.

 

« Être chrétien signifie faire: faire la volonté de Dieu », a déclaré le pape : « Le Seigneur nous enseigne la façon de faire. »

 

Le pape a commenté les deux textes bibliques : un passage du livre du prophète Isaïe et un chapitre de l’Évangile de saint Matthieu. Il a noté que dans les deux cas Dieu appelait à l’action concrète.

 

Il a cité ces paroles d’Isaïe : « Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. » Il a souligné l’avertissement du Christ à ceux qui répètent sans cesse : « Seigneur! Seigneur! », mais ne font rien car ce n’est pas eux qui « entreront dans le royaume des cieux ».

 

« Combien de fois, a fait observer le pape, nous trouvons des gens …dans l’Église qui proclament : « Je suis très catholique », « combien de parents se considèrent catholiques, mais n’ont jamais le temps de parler à leurs enfants, de jouer avec leurs enfants, d’être à l’écoute de leurs enfants. » Souvent, a-t-il poursuivi, « ils ont leurs parents dans une maison de retraite, mais ils sont toujours occupés et ne peuvent pas aller les voir et les laissent abandonnés ».

 

Cette attitude n’est « pas chrétienne », a diagnostiqué le pape : elle est typique de la «religion du dire », elle est celle des « clercs dont parlait Jésus » qui « aiment se montrer, être vaniteux…, dire, mais ne pas faire ».

 

Dieu dans sa «  miséricorde » « va au devant de ceux qui ont le courage de (…) faire face à la vérité, aux choses que je fais ou je ne fais pas, pour se corriger. » Et « le grand amour du Seigneur est dans cette dialectique entre dire et faire. »

 

Le pape a évoqué le jugement final: « Le dernier jour, parce que chacun d’entre nous, nous allons avoir un, qu’est-ce que le Seigneur nous demandera? Il dira: « Qu’est-ce que vous avez dit sur moi ? » Non ! Il demandera des choses que nous avons faites. »

 

Il demandera « les choses concrètes, a continué le pape, « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; J’ai été malade et vous êtes venus me rendre visite; J’ai été en prison et vous êtes venus vers moi. » « Voilà la vie chrétienne, » a affirmé le pape François : « se contenter de « dire » nous conduit à la vanité, à faire semblant d’être chrétien. Mais non, ce n’est pas chrétien ! » « Dire et ne pas faire, c’est un mensonge », a-t-il scandé.

 

À l’approche de Pâques, « sur ce chemin de la conversion du carême », le pape a proposé un examen de conscience dont l’objectif, est « de faire la volonté du Seigneur pour faire du bien à mes frères, à ceux qui sont proches de moi. »

 

Evoquant, à son habitude, la « grâce à demander », le pape a invité à prier pour que «le Seigneur nous donne la sagesse de comprendre la différence entre dire et faire et qu’Il nous enseigne la façon de faire et nous aide à marcher sur cette route, parce que la route du dire nous conduit là où se trouvent ces docteurs de la loi, ces clercs », mais « ce n’est pas la réalité de l’Évangile ».

Le pardon « n’est pas facile », reconnaît le pape François en s’adressant aux Polonais – en italien, traduit ensuite par un collaborateur – :  le jubilé est justement fait pour cela! C’est « une grâce à demander » pendant le Jubilé, en se confessant et en passant la Porte sainte.

 

Le pape a en effet prévenu cette objection lors de sa salutation aux Polonais, place Saint-Pierre, ce mercredi 16 décembre, lors de cette seconde audience du Jubilé.

 

« Je salue cordialement tous les pèlerins polonais, a dit le pape. Frères et sœurs, combien de fois n’ai-je pas entendu dire : “Père, je n’arrive pas à pardonner...” ! Oui, le pardon, ce n’est pas facile. C’est pour cela que, pendant les journées du Jubilé de la miséricorde, en franchissant la Porte sainte, et en demandant à Dieu, dans le sacrement de la réconciliation, la miséricorde et la rémission des péchés, nous demandons aussi la grâce du pardon pour les autres et d’être capables de nous réconcilier avec tous nos frères. Je vous bénis de tout cœur. »

Si vous voulez me faire plaisir, lisez la Bible !

Une expérience puissante et bouleversante

 

 

Rome, 3 décembre 2015

 

 

« Si vous voulez me faire plaisir, lisez le Bible ! », invite, en substance, le pape François qui ajoute : « Vous ferez une expérience puissante et bouleversante ».

 

Le pape François a en effet préfacé une édition de la Bible en allemand pour les jeunes : une idée d’un professeur qui enseigne le Nouveau Testament à l’université de Bochum (Rhénanie-du-Nord - Westphalie), Thomas Söding, réalisée avec la collaboration des jésuites allemands, de la Fondation Youcat et de la Société catholique de la Bible de Stuttgart.

 

Le pape indique le mode d’emploi : la Bible « doit être tenue en main, pour être lue souvent, chaque jour, seul ou en compagnie ». Il invite le lecteur à questionner le texte en le lisant et en observant son effet sur lui-même : « Ne restez pas à la surface des mots, comme on fait avec une bande dessinée. »

 

Il témoigne : « Je la prends souvent, je la lis un peu et puis je la mets de côté et je me laisse regarder par le Seigneur. » Et il prie. Il fait observer que s’il s’endort « cela ne fait rien : je suis comme un enfant proche de son père et c’est cela qui compte ».

 

Il suggère aussi de lire toute la Bible « d’une seule traite ».

 

Si les chrétiens sont persécutés, explique encore le pape, « c’est parce qu’ils portent une croix » et qu’ils « possèdent une Bible ».

 

« Avec la Parole de Dieu, la lumière est venue dans le monde et ne sera plus jamais éteinte », ajoute le pape.

 

C’est « comme le feu », car c’est « un livre dans lequel Dieu parle ».

Le pape François diagnostique l'idolatrie de l'argent

Conférence de presse dans l'avion Bangui-Rome (1)

 

Rome, 2 décembre 2015

 

« C’est un système économique où le centre est l'argent, le dieu de l'argent » : ainsi le pape a-t-il caractérisé la situation économique actuelle.

 

Il a répondu aux questions sur la justice sociale durant la conférence de presse organisée, comme c’est la tradition, sur le vol retour de son voyage en Afrique, le 30 novembre.

 

Le pape a encore une fois dénoncé le système économique et politique qui prive les gens de leurs droits fondamentaux. En énumérant les grands problèmes du continent africain, il a parlé de « l'injustice sociale, de l'injustice de l'environnement, de l'injustice (…) de l'exploitation, et de la malnutrition ».

 

Le pape a parlé de l’idolâtrie de l’argent et en a donné sa définition : « L’idolâtrie, a-t-il dit, c’est quand un homme ou une femme perd sa carte d’identité, c’est-à-dire le fait d’être enfant de Dieu, et préfère se chercher un dieu à sa mesure. Si l’humanité ne change pas, la misère, les tragédies, les guerres, les enfants qui meurent de faim, l’injustice, tout cela continuera. »

 

Le pape a été bouleversé par sa visite dans l’unique hôpital pédiatrique de la République centrafricaine. « Hier, je suis allé à l’hôpital pédiatrique, l’unique de Bangui et du pays, a-t-il raconté. En thérapie intensive, ils n’ont pas d’oxygène, il y a tellement d’enfants en malnutrition. La femme docteur m’a dit : la plupart d’entre eux vont mourir, parce qu’ils ont la malaria et ils sont mal nourris. »

 

Il a dit avoir « ressenti de la douleur » en écoutant « les témoignages des jeunes à Kangemi ».

 

En parlant du droit fondamental à la vie, le pape a dénoncé la guerre comme « la plus grande cause de mort ».

Règles de vie

 

L'Observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo, propose ce commentaire théologique et spirituel des lectures de la messe de dimanche prochain, 27 septembre 2015. Il propose une lecture patristique de Syméon le Nouveau Théologien.

 

 Mgr Francesco Follo

 

XXVIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année B (lectures : Nb 11,25-29; Ps 18; Jc 5,1-6; Mc 9,38-43.45.47-48)

 

       1) En chemin avec la vie qui donne la vie et les règles de vie

 

       Le passage de l’Evangile de Marc proposé ce  26e dimanche du temps ordinaire nous raconte deux épisodes :

 

       Dans le premier, Jean  fait remarquer au Christ que quelqu’un chasse les démons en Son nom sans faire partie du groupe de Ses disciples. Jésus fait justement observer que chaque bonne œuvre, de quelque origine qu’elle soit, est toujours bien accueillie parce que la source de la bonté et de l’amour est Dieu même. Qui œuvre pour le bien fait toujours partie du Christ et de Dieu. La réponse de Jésus à Jean, au sujet de l’exorciste étranger au groupe des disciples, s’inspire d’une grande tolérance, et elle est identique au comportement de Moïse face à Eldad et Medad pendant l’exode. (Nm 11,24-30 – Ière lecture de la Messe de ce dimanche).

 

       Dans le second épisode, Jésus demande aux disciples de ne pas scandaliser « les petits » c’est-à-dire les frères immatures dans foi en les éloignant de l’Evangile avec une conduite incorrecte et un comportement non conforme à l’Evangile . Pour faire cette admonition, le messie utilise des expressions dures : « Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (Mc 9, 43.45.47-48).

 

       Par ces paroles, Jésus invite les disciples à avoir un comportement inspiré par l’humilité, par la compréhension et par le sacrifice pour éviter le scandale qui obscurcit la lumière de l’Evangile.

 

       Nous pourrions formuler l’invitation du Christ à l’humilité et à la compréhension selon la réplique de Violaine, la protagoniste aveugle qui dit à ceux qui ont le don de la vue : « Mais vous qui voyez, qu’avez-vous fait de la lumière? » dans la pièce « L’annonce à Marie » de Paul Claudel.

 

       Si nous aussi, et avant tout nous-mêmes savons convertir notre cœur, alors celui qui vit à notre coté, même s’il n’est pas croyant, comprendra que Jésus n’est pas une formule théologique  incompréhensible et inacceptable  dans notre esprit, mais qu’Il est la vie de Dieu dans notre cœur et la lumière à nos pas. Et même s’il ne change pas sa religion, il changera son cœur, en devenant plus ouvert, tolérant et libre.

 

       Jésus demande aux disciples, et donc à nous aussi, d’avoir ses pensées qui ne repoussent personne, et d’avoir son regard qui reconnaît  les plus petits signes de la foi, comme le don d’un petit verre d’eau qui,  donné à « un petit », conditionnera le jugement final, lorsque le Fils de l’homme jugera tous les peuples de la terre.

 

       L’ouverture totale, sans aucune barrière de temps et d’espace, est vraiment montrée par Jésus avec son incarnation et sa mort sur la croix, uni à toute l’humanité. Dans chaque homme et chaque femme sur la terre, une relation mystérieuse et profonde avec Jésus Christ est possible.

 

       Aussi, la communauté chrétienne est appelée à élargir ses propres frontières jusqu’à considérer tous les êtres humains comme ses enfants, même ceux qui n’ont pas une « connaissance-expérience » pleine de Jésus. Si la « petitesse » est la physionomie profonde de la vie du croyant, même un pied, une main et un œil peut lui faire du mal et faire obstacle – dans le sens de faire scandale, de faire trébucher- à la présence du Seigneur en nous. Un verre d’eau est petit et les petits savent l’apprécier, en n’oubliant pas de remercier surtout lorsqu’il est reçu au nom de Jésus.

 

       2) le nom de Jésus.

 

       Ce nom : « Jésus » revient trois fois dans 4 versets de l’Evangile d’aujourd’hui. Celui qui œuvre en son nom peut faire de grandes choses, en commençant par les Apôtres qui appartiennent à Jésus. Mais qui appartient à Jésus ? Les disciples qui le suivent.

 

       Lorsque les chrétiens ont cru avoir le monopole de Jésus, ils ont couru le risque d’être intolérants. Le bien, sous toutes les formes, est le droit et le devoir de chaque homme. Jésus et l’esprit sont présents là où on fait le bien. Dans la page précédente, les disciples se divisent entre eux au nom du moi. Seul le nom de Jésus est la racine d’unité entre tous. Le scandale est tout ce qui empêche quelqu'un de suivre Dieu pour rejoindre le salut. Plutôt que de faire perdre la foi à une seule personne, il serait mieux de mourir.

 

       Cela ne signifie pas mettre au second plan ou à réduire le travail de l’annonce et de l’appel à se convertir à l’Evangile, comme quelqu’un pourrait le penser. Il ne faut pas oublier que le témoignage et l’annonce font partie intégrante de la foi chrétienne authentique qui ne peut se taire et doit dire la joie immense d’avoir rencontré le Seigneur. Et, si moi je ne cache pas le fait que je sois un chrétien convaincu et pratiquant, chaque geste d’amitié, d’aide, d’échange que j’accompli est annonce, comme chaque parole et geste de Jésus l’a été, même avant qu’il ne déclare : « Moi, je suis le Fils de Dieu ». Le « devoir » de l’annonce émerge clairement du Nouveau Testament: « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à chaque créature » (Mc 16,15) ; « En effet, annoncer l’Évangile, ce n’est pas pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Cor 9, 16); « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ » (1Pt 15-16).

 

       Le premier appel de Jésus est à la « conversion du cœur » et demande à ses disciples de ne pas mettre l’autre dans des schémas préconçus, mais de l’accueillir et de l’écouter. Ecouter la symphonie du gémissement d’un enfant, d’un pauvre, d’un malade pour leur apporter la tendresse de Dieu. Ecouter les paroles du monde et lui redonner la Parole parce que tout ce qui concerne l’aventure humaine concerne chacun de nous : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Terentius).

 

       La réponse de Jésus, l’homme sans barrières, (cf : Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas » Mc 9 39) est une de celles qui peuvent marquer un changement de l’histoire : les hommes sont tous des nôtres, comme nous sommes à tous : avant tout, l’homme. « Quand un homme meurt, ne te demande pas pour qui sonnent les cloches : elles sonnent toujours un peu pour toi » (John Donne). Tous sont des nôtres. Nous sommes « un » en Jésus Christ.

 

       Mais l’annonce de Jésus  est encore plus courageuse : elle porte à ne pas nous sentir des étrangers. Il nous demande d’aimer le prochain et de

 

vivre la vie comme partage : elle nous porte à vivre plusieurs vies, les histoires des autres comme si elles étaient les nôtres. Elle nous donne cent frères et sœurs, cent cœurs sur lesquels nous pouvons nous reposer, cent lèvres auxquelles étancher la soif, cent bouches qui ne savent pas vers Qui crier et dont nous sommes la voix.

 

       Cela est vrai, comme je l’ai dit plus haut, l’Evangile d’aujourd’hui se termine avec des paroles dures : « Si ta main, ton pied, ton œil te scandalisent, coupe-les, jette-les ». Evangile des plaies scandaleuses et lumineuses comme les stigmates de Jésus. En effet, les paroles du Christ  ne sont pas une invitation à une inutile automutilation. Elles sont un langage figuré, incisif, pour transmettre le sérieux avec lequel il faut penser aux choses  essentielles. Même perdre ce qui nous est précieux, comme la main et l’œil, n’est pas comparable au dommage qui dérive de nous tromper sur la vie. Le Seigneur nous invite à avoir peur plus d’une vie qui a fait faillite que des blessures douloureuses de la vie.

 

       Une façon spéciale d’accueillir le Christ et les plaies de son amour pour nous est celui des vierges consacrées dans le monde.

 

       Etre vierge  signifie maintenir le caractère sponsal du corps intact pour le Seigneur. Une vierge ne se gaspille pas, ne cherche pas la vie parmi les autres êtres humains, dans la chair et le sang. Il faut beaucoup de maturité et beaucoup de foi pour couper les affectivités malades vers les personnes, pour attendre le Seigneur qui vient. Elle fait l’expérience concrète de rester avec le Seigneur, une connaissance théorique ne suffit pas.

 

       Si une vierge consacrée a une foi faible, si elle arrête de prier, si elle vit la solitude pour elle-même et ne veut pas assumer les responsabilités de la vie adulte, elle prend des risques sérieux. Elle peut conserver la virginité physique, mais en perdant le sens, elle deviendra égoïste, narcissique, cynique ou aigrie, ou un « vampire affectif ». Saint Augustin dit qu’une virginité sans l’humilité ne sert à rien.

 

       Etre vierge dans l’âme, dans l’esprit, signifie être libre des idoles, ne pas idolâtrer les autres, mais être seulement pour Dieu.

 

       La virginité consacrée n’est pas un moyen de conservation de soi-même ; ce n’est pas ensevelir son talent en terre pour le redonner intègre un jour mais sans augmentation. La virginité est un moyen de se donner en acceptant certains renoncements seulement pour tout donner à Dieu et au prochain, dans un esprit missionnaire d’annonce :  (cf rituel de consécration des vierges, annexes, 1 Messe, Prière eucharistique III : Daigne encore Seigneur, affermir l’engagement de nos sœurs à suivre le Christ sans relâche, pour donner ainsi le témoignage de la vie évangélique et de l’amour fraternel.)

 

Lecture patristique : Syméon le Nouveau Théologien (+ 1022)

Catéchèses, 3, SC 96, 298-305

 

Est-ce que tu ne frémis pas, mon ami, en entendant Dieu te dire chaque jour par toute l'Écriture divine: Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche (Ep 4,29). Amen, je vous le dis, vous rendrez compte d'une seule parole creuse (cf. Mt 12,36), et: Vous recevrez une récompense pour avoir donné de l'eau fraîche (cf. Mc 9,41).Ne vous trompez pas, mes frères, Dieu aime les hommes, il est miséricordieux et compatissant, j'en témoigne et je le confesse: et c'est par sa compassion que j'ai l'assurance d'être sauvé. Sa chez cependant que ceux qui ne se repentent pas et ne gardent pas ses commandements avec une exactitude parfaite et avec beaucoup de crainte, ne profiteront nullement de cette compassion. Dieu leur infligera une punition plus sévère qu'aux nations impies et non baptisées.

 

Ne vous y trompez pas, mes frères, aucun péché ne doit vous paraître petit, et aucun ne doit être pris par nous à la légère, sous prétexte qu'il ne cause pas un dommage si considérable à nos âmes. Car les serviteurs fidèles ne font pas la différence entre un petit péché et un grand: n'auraient-ils péché que par un regard, une pensée ou une parole, qu'ils seraient dans un état semblable à ceux qui ont déchu de l'amour de Dieu, et je suis convaincu que cela est vrai. Quelqu'un a-t-il formé la plus petite pensée contraire à la volonté de Dieu? S'il ne s'en repent aussitôt, s'il ne repousse pas l'assaut de son imagination, mais accueille cette pensée et la conserve en soi, cela lui est compté comme un péché; même s'il ne sait pas que cette pensée est mauvaise, il lui en est tenu compte.

 

Nous devons donc être très vigilants et zélés; il nous faut beaucoup scruter les Écritures. En effet, le Seigneur nous a fait voir l'avantage que celles-ci nous procurent quand il a déclaré: Scrutez les Écritures (Jn 5,39).

 

Scrutez-les et retenez avec beaucoup d'exactitude et de foi tout ce qu'elles disent. Ainsi, connaissant exactement la volonté de Dieu par les divines Écritures, vous serez capables de distinguer, sans vous tromper, le bien du mal, au lieu de prêter l'oreille à n'importe quel esprit et d'être emportés par des pensées funestes.

 

Soyez certains, mes frères, que rien n'est aussi favorable à notre salut que l'observance des divins préceptes du Seigneur. Nous aurons toutefois à verser beaucoup d e larmes, il nous faudra beaucoup de crainte, de patience et de persévérance dans la prière, pour que nous soit révélé le sens d'un seul mot du Maître, pour que nous connaissions le grand mystère caché dans les moindres paroles, et que nous exposions nos vies, jusqu'à la mort, pour un seul détail des commandements de Dieu.

 

Car la parole de Dieu est comme une épée à deux tranchants qui sépare et écarte l'âme de toute convoitise et de toute sensation corporelle. Plus que cela, elle devient aussi comme un feu brûlant lorsqu'elle ranime l'ardeur de notre âme, lorsqu'elle nous fait mépriser toutes les tristesses de la vie et considérer comme une joie toute épreuve qui survient, lorsqu'elle nous fait désirer et embrasser la mort redoutable aux autres hommes, en nous faisant voir en elle la vraie vie et le moyen d'y parvenir.

 Dieu pleure pour moi quand je m’éloigne », homélie

 

« Dieu pleure pour moi quand je m’éloigne », explique le pape François, car « Dieu ne peut pas ne pas aimer».

 

Le pape a célébré la messe, ce jeudi 29 octobre, en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe du Vatican. Il a commenté l’Evangile des larmes de Jésus sur Jérusalem (Lc 13, 31-35) et l’Epître de Paul aux Romains (8, 31-39).

 

« Dans les pleurs de Jésus sur Jérusalem, dans ces larmes, il y a tout l’amour de Dieu, a commenté le pape. Dieu pleure pour moi quand moi je m’éloigne ; Dieu pleure pour chacun de nous ; Dieu pleure pour ces mauvais, qui font tant de mauvaises choses, tant de mal à l’humanité. Il écoute, Il ne condamne pas, Il pleure. Pourquoi ? Parce qu’Il aime.»

 

Le récit de l’Évangile où le Christ « pleure sur Jérusalem », « nous fait comprendre quelque chose de cet amour », a commenté le pape qui s’est exclamé : «  Jésus a pleuré ! Il a pleuré sur Jérusalem, et dans ce pleur il y a toute l’impuissance de Dieu : son incapacité à ne pas aimer, à s’éloigner de nous. »

 

Le Christ s’adresse à Jérusalem : « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » C’est « une image de tendresse », a commenté le pape : « Combien de fois j’ai voulu faire sentir cette tendresse, cet amour, comme la poule avec ses poussins, et vous avez refusé.

 

« Dieu ne peut pas ne pas aimer ! Et c’est notre sécurité, a affirmé le pape. Je peux refuser cet amour, je peux refuser comme l’a refusé le bon larron, jusqu’à la fin de sa vie. Mais cet amour l’attendait là. Le plus mauvais, le plus blasphématoire est aimé par Dieu avec une tendresse de père, de papa ».

 

Le pape a cité les paroles de l’Epître de saint Paul aux Romains: « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? » en précisant que les chrétiens ont « cette sécurité » des « vainqueurs ». Ils peuvent même dire: « Maintenant, nous sommes les champions! »

 

« Nous sommes les vainqueurs », a expliqué le pape, « non parce que nous avons ce don en main, mais pour une autre chose » « qui nous fait vaincre » : rien ne « pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ notre Seigneur ».

 

« Nous sommes tellement liés à l’amour de Dieu qu’aucune personne, aucun pouvoir, aucune chose ne pourront nous séparer de cet amour, a poursuivi le pape. Saint Paul a vu dans le don, a vu en plus, ce qui donne le don : c’est le don de la recréation, le don de la régénération dans le Christ Jésus. Il a vu l’amour de Dieu. Un amour qui ne peut pas être expliqué. »

 

Cet amour pour l’homme est, en quelque sorte, la faiblesse de Dieu, a expliqué le pape avant d’ajouter : « Nous disons : « Dieu est puissant, il peut tout faire ! », mais il y a « au moins une chose » : « Dieu  ne peut pas rompre avec nous… Voilà l’impuissance de Dieu ».

La foi fait des miracles

L'Observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo, offre ce commentaire théologique et spirituel des lectures de la messe de dimanche, 28 juin 2015, notamment le récit d'une guérison et le récit d'une "résurrection", et il propose une lecture patristique de saint Pierre Chrysologue.

 

 

Paris, 26 juin 2015

 

Dimanche XIII du Temps ordinaire – Année B – 28 juin 2015

 

Lectures (rite romain): Sag 1,13-15; 2,23-24; Ps 29; 2 Co 8,7.9.13-15; Mc 5,21-43

 

         1) Une foi qui guérit et sauve.

 

            Le long passage de l’Evangile de ce dimanche relate deux miracles encastrés l’un dans l’autre : la guérison d’une femme souffrant de pertes de sang, et la résurrection de la fille du chef de la synagogue, Jaïre. La foi est le fil rouge qui unit ces deux miracle, une foi qui non seulement guérit et redonne la vie, mais sauve en donnant à la vie toute sa plénitude.

 

             Comme dit le pape François: « À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière » (Lumen Fidei, 57).

 

            En effet, l’épisode évangélique du jour montre que Jésus partage la douleur de Jaïre,  un des chefs de synagogue,  dont la fille de 12 ans est gravement malade, et qu’il partage les souffrances de la femme malade.

 

            Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Jaïre, qui a entendu parler des guérisons de Jésus,  sans se préoccuper ni de sa position sociale ni de son rôle influent, se jette aux pieds du Nazaréen et le supplie instamment de venir imposer ses mains sur sa petite fille pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. Jésus accepte et se dirige vers la maison de Jaïre. Mais voilà que dans la foule qui les écrasait de toute part, s’avance une femme, souffrant depuis 12 ans de fortes pertes de sang ; la pauvrette avait dépensé tout ce qu’elle avait chez les médecins sans obtenir la moindre amélioration, au contraire  son état avait plutôt empiré.

 

            Le miracle de la guérison de la femme souffrant de pertes de sang aurait été parfait pour souligner la puissance de Jésus. Il lui avait suffi de toucher son vêtement pour guérir. Mais saint Marc ne s’arrête pas là, il veut attirer l’attention aussi sur la stupeur des disciples : «  Tu vois bien la foule qui t ‘écrase et tu demandes : « Qui m’a touché ? ».

 

            Pourquoi Jésus donne-t-il de l’importance au geste  de cette femme  qui ne veut pas se faire remarquer et touche à peine le manteau que Jésus a sur le dos? Il faut savoir que la loi de Moïse déclarait impure la femme qui avait des pertes de sang, et celui qui la touchait devenait impur. Voilà pourquoi la femme touche le vêtement de Jésus en cachette, profitant de la foule, et pourquoi elle se sent si coupable, est si pleine de crainte et si tremblante, quand on la découvre. Et c’est la seule raison pour laquelle Jésus fait savoir ce qui se passe : pour déclarer publiquement, devant tout le monde, que d’avoir été touché par la femme ne fait pas de lui un homme impur, que la foi va au-delà de ce qui est pur et impur selon la loi. Ainsi, publiquement, le Sauveur dit à la femme qui lui a «  volé » le miracle: « Va en paix, ta foi t’a sauvée ».

 

            La foi est au centre également de la guérison de Jaïre : «  Ne crains pas, crois seulement ». Croire en la puissance de Jésus, une puissance capable de t’atteindre là où tu es, dans ta situation du moment, victorieuse jusque dans la mort. Mais dans ce récit Marc souligne un autre détail: «  La petite fille n’est pas morte, elle dort ». Le grand miracle c’est la victoire sur la mort, comme nous le rappelle le psaume: «  Le Seigneur te guérit de toute maladie, il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse » (103,3-4). En effet, le salut ne serait pas entier s’il n’était pas pour toujours.

 

            Jésus, après avoir démenti les paroles des hommes, qui avaient dit que l’enfant était morte, et après les avoir tous envoyés dehors, donne un nouveau nom à la mort. Sa parole est plus importante que celle des hommes. La Parole de Dieu redonne la vie, la donne à jamais.

 

 

 

            2) LA FOI: une question d’intelligence et de cœur, une manière de vivre et pas seulement de penser.

 

         Comme nous le voyons, ce n’est pas tant sur les deux miracles que porte l’attention mais sur la foi de ceux qui les demandent. La foi est indispensable au miracle. Jésus ne fait pas de miracles pour forcer, à tout prix, le cœur de l’homme. Les miracles sont des signes qui servent la foi, mais ils ne diminuent pas le courage de croire. Les miracles sont un don, une réponse à la sincérité et à la pureté du cœur de l’homme qui cherche le Seigneur et mendie la guérison du corps et de l’âme.

 

            Jésus n’accomplit pas de miracles, là où les hommes prétendent fixer eux-mêmes les façons d’agir de Dieu. Le miracle est la libre réponse de Dieu à la mendicité de la créature humaine.

 

            Hélas, souvent nous sommes aveugles devant tant de signes que Dieu accomplit, nous n’avons pas le cœur ouvert pour les déchiffrer et le courage de nous décider, alors nous nous excusons et en prétendons d’autres. Nous demandons de nouveaux signes, toujours de nouveaux signes, et pendant ce temps-là nous ne voyons pas les nombreux signes que Dieu a déjà semés – de sa propre initiative – le long du chemin de l’histoire et de notre vie.

 

            Nous devons demander mais d’un cœur pur et avec componction. Le mot «  componction » devient très expressif si nous pensons à son étymologie: il signifie en effet brûlure provoquée par une piqure. Cette brûlure qui provoque en nous l’amour de Dieu manifesté en Jésus touche notre cœur de pécheur. La componction ne renvoie ni au sens de la faute ni aux scrupules, mais à l’amour, car elle vient de la considération que Dieu nous aime et que «  le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs » (Rm, 5, 8).

 

            Le contraire de la peur ce n’est pas le courage, c’est la foi. L’important est de persévérer  et de faire grandir cette foi en nous. Même quand le doute nous assaille, même si notre foi n’a rien d’héroïque, laissons la Parole de Dieu habiter notre cœur, laissons le Nom du Christ monter à nos lèvres avec cette même obstination qu’ont les amoureux.

 

            La foi est un acte très humain, vital, qui tend vers la vie et s’oppose à la mort. La foi est un acte de l’intelligence et un abandon de la volonté, qui nous colle à Dieu comme un enfant colle au sein de sa mère, puis comme des enfants au cœur sevré par leur mère nous restons dans les bras de Dieu pleins de confiance.

 

            « La foi est proprement une réponse au dialogue de Dieu et à sa Parole, à sa Révélation.

 

            C’est le " oui " qui permet à la pensée divine d’entrer dans la nôtre.

 

            La foi est un acte qui se fonde sur le crédit que nous faisons au Dieu vivant, c’est l’acte d’Abraham qui croyait à Dieu et qui obtint par là son salut.

 

            La foi est un acte et de conviction et de confiance qui envahit toute la personnalité du croyant et engage sa manière de vivre. » (Paul VI, novembre 1966).

 

Il est donc juste de nous demander, aujourd’hui, jusqu’où va notre foi : s’il s’agit d’une attitude superficielle qui ne donne aucun crédit à Sa toute puissance ou «  une manière de vivre Dieu ».

 

            Les Vierges consacrées dans le monde témoignent que la foi est une manière de vivre Dieu. Leur vie de vierges est un témoignage de l’amour de Dieu et une manifestation de la sagesse du cœur reçue de Jésus Christ. En se donnant totalement à Dieu ces femmes «  prêchent l’Evangile de la Virginité », selon lequel « la foi n’est pas un objet de décor, un ornement ; vivre la foi n’est pas orner la vie d’un peu de religion » (Pape François), mais c’est un critère de base pour vivre vraiment. Avec humilité et une foi amoureuse, les Vierges consacrées dans le monde se sont données  au Christ, dont elles écoutent la Parole avec constance grâce à une lecture assidue de la bible et avancent dans le monde comme évangile de la Virginité «  afin d’aimer le Christ avec ardeur et aider les frères plus librement et avec plus de dévouement » (Préambule du Rituel de la consécration des Vierges). C’est pourquoi l’exhortation apostolique Vie consacrée leur attribue une sorte de « magistère spirituel » qui fait d’elles des sortes «  d’expertes en vie spirituelle » (Vie consacrée, n. 55). Elles nous apprennent à vivre la foi avec le cœur, à écouter sa Parole

La conversion se vit en pratiquant le bien

Homélie du 3 mars 2015

Rome, 3 mars 2015

 

« La saleté du cœur ne s’enlève pas en allant chez le teinturier » : le coeur se lave en « faisant » car on se convertit « en faisant le bien », souligne le pape François lors de la messe à Sainte-Marthe, ce mardi matin, 3 mars 2015.

 

 

Le pape a commenté la première lecture où Dieu exhorte : « Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien... rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. » (Is 1, 10.16-20). Les orphelins et les veuves, ce sont « ceux à qui personne ne pense », « les personnes âgées abandonnées », « les enfants qui ne vont pas à l’école » et ceux « qui ne savent pas faire le signe de croix ».

La conversion se joue dans la pratique du bien, a poursuivi le pape : « "Mais comment puis-je me convertir ?" – "Apprenez à faire le bien !"... La saleté du cœur ne s’enlève pas comme on enlève une tache : en allant chez le teinturier… Elle s’enlève en "faisant" : il s’agit de prendre une autre voie que celle du mal. »

« Comment faire le bien ? C’est simple. "Cherchez la justice, secourez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la cause de la veuve" » : en d'autres termes, « allez là où sont les plaies de l’humanité, là où il y a tant de souffrances ».

« En faisant le bien, tu laveras ton cœur » : « Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine. »

Par cette promesse, le Seigneur « n'exagère pas » : « Le Seigneur pardonne généreusement. Et il pardonne toujours tout ! Mais pour être pardonné, il faut commencer sur la voie qui consiste à faire le bien. »

L’Évangile du jour présente ceux qui trouvent des voies « pour avoir l’air plus justes que ce qu'ils sont » : « c’est la voie de l’hypocrisie », où l'on « fait semblant de se convertir ». En réalité « c’est un mensonge », c'est « feindre la sainteté » : le cœur des hypocrites « n’appartient pas au Seigneur ; il appartient au père de tous les mensonges, à Satan ».

« Jésus préfère mille fois les pécheurs » car « les pécheurs disent la vérité sur eux-mêmes : "Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur !", lui avait dit Pierre », a rappelé le pape.

"Le coeur s'endurcit quand il n'aime pas"

 

Rome, 3 mars 2015

 

« Le cœur s’endurcit quand il n’aime pas. Seigneur, donne-nous un cœur qui sache aimer ! » : c'est le tweet du pape François ce mardi 3 mars 2015.

 

 

Le pape a médité à plusieurs reprises sur l'endurcissement du cœur, notamment lors de l'homélie du 9 janvier 2015 : un cœur peut s'endurcir à cause « d'expériences douloureuses » mais aussi à cause de « la fermeture sur soi », a-t-il expliqué : « Faire un monde fermé. Fermé en soi-même, dans sa communauté ou sa paroisse. »

 

La fermeture peut prendre diverses formes, a-t-il précisé en citant : « l’orgueil, la suffisance, se penser meilleur que les autres, la vanité ».

 

Déjà lors de la messe du 9 janvier 2014 à Sainte-Marthe, il avait souligné : « Si tu as le cœur endurci, tu ne peux pas aimer et tu penses que l’amour consiste à s’imaginer des choses. Non, l’amour est concret ».

 

« Demeurer dans l’amour » de Dieu, ce n’est pas « ressentir quelque chose de beau » : « L’amour dont parle Jean n’est pas l’amour des feuilletons télévisés ! Non, c’est autre chose. L’amour chrétien a toujours une qualité : il est concret », a-t-il ajouté : « Jésus lui-même, lorsqu’il parle de l’amour, parle de choses concrètes : donner à manger à ceux qui ont faim, visiter les malades... L’amour est concret. La vie chrétienne est concrète. »

 

Cette concrétude repose sur deux critères : « Premier critère : aimer avec les œuvres, non pas avec des paroles. (...) Second critère : en amour, il est plus important de donner que de recevoir. Celui qui aime donne. »

 

Il s’agit finalement de n’avoir ni le cœur « endurci, fermé », ni le cœur « ramolli » par la mondanité : « ce qui est bon c’est le cœur ouvert à la Parole de Dieu », avait indiqué le pape le 17 janvier 2014.

La foi, force dans les moments difficiles

Le tweet du 6 février 2015

 

Rome, 6 février 2015

 

La foi est une force pour affronter les moments difficiles, affirme le pape François dans un tweet publié sur @Pontifex ce 6 février 2015 :

 

 

« Avoir la foi ce n’est pas ne pas avoir des moments difficiles mais avoir la force de les affronter en sachant que nous ne sommes pas seuls ».

 

Dans son encyclique sur la foi "Lumen Fidei" (2013), il parlait de la foi comme « une force de consolation dans la souffrance » : « À l’heure de l’épreuve, la foi nous éclaire... Le chrétien sait que la souffrance ne peut être éliminée, mais qu’elle peut recevoir un sens, devenir acte d’amour, confiance entre les mains de Dieu qui ne nous abandonne pas et, de cette manière, être une étape de croissance de la foi et de l’amour » (LF 56).

 

« La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin. À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière », ajoutait le pape (LF 57).

 

Il concluait l'encyclique par une prière à « Marie, Mère de l’Église et Mère de notre foi » : « Ô Mère, aide notre foi !... Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir... Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul. »

"Ne jamais finir la journée sans faire la paix" Pape Francois

Sans Marie, le chrétien est orphelin

 

Sans Marie, le chrétien est orphelin, affirme le pape François dans un tweet publié ce 2 septembre 2014.

 

« Un chrétien qui ne perçoit pas la Vierge Marie comme une mère est un orphelin. »

 

On connaît la dévotion mariale du pape François, qui a invité les fidèles à prier le chapelet tous les jours lors de l'audience générale du 14 mai dernier.

 

Le pape aime mettre sous la protection de la Vierge ses voyages, ses grandes initiatives : il visite traditionnellement la basilique Sainte-Marie-Majeure avant les grandes occasions (cf. Zenit du 13 août 2014).

 

Récemment encore, il a encouragé à « regarder et invoquer Marie pour n'être jamais vaincus par le péché », lors de l'audience générale du 20 août.

Chercher Jésus, rencontrer Jésus : voilà le grand trésor

Allocution du pape avant l'angélus, dimanche 27 juillet 2014

 

« Chercher Jésus, rencontrer Jésus : voilà le grand trésor », explique le pape François en commentant les paraboles de l’Evangile de ce dimanche. Il invite une nouvelle fois à lire un passage de l’Evangile tous les jours et à porter sur soi un petit exemplaire des évangiles.

 

 

Le pape François a en effet adressé ces paroles aux dizaines de milliers de personnes présentes place Saint-Pierre, à midi, ce dimanche, 27 juillet.

 

Il a invité à prier pour qu’advienne « en nous et dans le monde entier son Royaume d’amour, de justice et de paix ».

 

Voici notre traduction intégrale des paroles prononcées par le pape en italien.

 

A.B.

 

Paroles du pape François avant l’angélus

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

 

Les brèves comparaisons proposées par la liturgie d’aujourd’hui concluent le chapitre de l’évangile de Matthieu dédié aux paraboles du Royaume de Dieu (13, 44-52). Parmi elles, se trouvent deux petits chefs d’œuvre : les paraboles du trésor caché dans un champ et de la perle de grande valeur. Elles nous disent que la découverte du Royaume de Dieu peut arriver à l’improviste, comme pour le paysan qui, en labourant, trouve le trésor inespéré ; ou après une longue recherche, comme pour le marchand de perles, qui à la fin trouve la perle très précieuse si longtemps rêvée.

 

Mais dans un cas comme dans l’autre, reste la donnée première que le trésor et la perle valent plus que tous les autres biens, et par conséquent lorsqu’ils les trouvent, le paysan et le marchand renoncent à tout pour pouvoir les acquérir. Ils n(ont aps besoin de raisonnements, de réfléchir : ils se rendent compte tout de suite de la valeur incomparable de ce qu’ils ont trouvé, et ils sont prêts à tout perdre pour l’obtenir.

 

Il en est ainsi du Royaume de Dieu : celui qui le trouve n’a pas de doutes, il sent que c’est ce qu’il cherchait, qu’il attendait, et qui répond à ses aspirations les plus authentiques. Et il en est vraiment ainsi : qui connaît Jésus, qui le rencontre personnellement, est fasciné, attiré par tant de bonté, tant de vérité, tant de beauté, et le tout dans une grande humilité et simplicité.

 

Chercher Jésus, rencontrer Jésus voilà le grand trésor.

 

Combien de personnes, de saints et de saintes, en lisant  l’Evangile avec un cœur ouvert, ont tellement été frappés par Jésus qu’ils se sont convertis à Lui. Pensons à saint François d’Assise : il était déjà chrétien, mais « à l’eau de rose ».  Quand il a lu l’Evangile, à un moment décisif de sa jeunesse, il a rencontré Jésus et découvert le Royaume de Dieu, et alors tous ses rêves de gloire terrestre se sont évanouis.

 

L’Evangile te fait connaître le vrai Jésus, te fait connaître Jésus vivant ; il parle à ton cœur et change ta vie. Et alors, oui, tu quittes tout. Tu peux effectivement changer de genre de vie, ou bien continuer à faire ce que tu faisais auparavant, mais tu es un autre, tu es né à nouveau. Tu as trouvé ce qui donne un sens, ce qui donne de la saveur, ce qui donne de la lumière à toute chose, même aux fatigues, même aux souffrances, à la mort même.

 

Lire l’Evangile, lire l’Evangile, on en a déjà parlé, souvenez-vous : chaque jour lire un passage de l’Evangile, et aussi porter un petit Evangile avec soi, dans la poche, dans le sac, mais à portée de main : et là, en lisant un passage, nous trouverons Jésus.

 

Tout prend sens quand à, dans l’Evangile, tu trouves ce trésor que Jésus appelle le Royaume de Dieu, c’est-à-dire Dieu qui règne dans ta vie, dans notre vie ; Dieu qui est amour, paix, joie, dans tout homme et dans tous les hommes. Voilà ce que Dieu veut, c’est ce pour quoi Jésus s’est donné lui-même jusqu’à mourir sur une croix, pour nous libérer du pouvoir des ténèbres et nous faire passer dans le règne de la vie, de la beauté, de la bonté, de la joie. Lire l’Evangile c’est trouver Jésus et avoir cette joie chrétienne qui est un don de l’Esprit Saint.

 

Cher frères et sœurs, la joie d’avoir trouvé le trésor du Royaume de Dieu transparaît, se voit. Le chrétien ne peut pas tenir sa foi cachée, parce qu’elle transparaît dans chaque parole, chaque geste, même les plus simples et les plus quotidiens : l’amour que Dieu nous a donné en Jésus transparaît.

 

Prions par l’intercession de la Vierge Marie pour qu’advienne en nous et dans le monde entier son Royaume d’amour, de justice et de paix.

La jalousie ouvre la porte à tout ce qui est mauvais

 

Homélie du 23 janvier 2014

Rome, 24 janvier 2014 (Zenit.org) Anne Kurian

 

Le pape François met en garde contre « la jalousie » et « l’envie », qui « divisent les communautés » et « ouvrent la porte à tout ce qui est mauvais ».

Lors de la messe du 23 janvier à Sainte-Marthe, le pape a commenté la première lecture du jour (1 S 18,6-9.19,1-7), où le roi Saül est rongé par « le ver de la jalousie et de l’envie », après la victoire de David contre Goliath : « cette grande victoire commence à devenir une défaite dans le cœur du roi »

La jalousie pousse à tuer

Comme pour Caïn et Abel, Saül décide de tuer David : « Voilà ce que fait la jalousie dans les cœurs, c’est une mauvaise inquiétude, qui ne tolère pas qu’un frère ou une sœur ait 'quelque chose que je n’ai pas' ».

« La personne jalouse, envieuse, commence à haïr son frère » puis elle « tue » : « Une personne qui est sous l’influence de l’envie et de la jalousie tue… Celui qui hait son frère est homicide » car « la jalousie pousse à tuer, l’envie pousse à tuer ».

« C’est précisément par cette porte, la porte de l’envie, que le diable est entré dans le monde. La jalousie et l’envie ouvrent les portes à tout ce qui est mauvais. »

Amertume et commérages

Il y a « deux choses très claires », dans le cœur d’une personne jalouse. La première est « l’amertume » : « La personne envieuse, la personne jalouse est une personne amère ».

« Elle ne sait pas chanter, elle ne sait pas louer, elle ne sait pas ce qu’est la joie, elle regarde toujours ‘ce qu’a l’autre et que je n’ai pas’. Et cela la porte à l’amertume, une amertume qui se diffuse dans toute la communauté. Ces personnes sont des semeurs d’amertume. »

« Le second comportement, ce sont les commérages. Parce qu’on ne tolère pas qu’un autre ait quelque chose, la solution est d’abaisser l’autre, pour être un peu au-dessus. Et l’instrument, ce sont les commérages. Cherche et tu verras toujours que derrière un commérage, il y a la jalousie et l’envie. »

Division de la communauté

Les commérages « divisent la communauté, détruisent la communauté. Ce sont les armes du démon », a mis en garde le pape : « Il y a tant de belles communautés : elles avancent bien… mais à un moment le ver de la jalousie et de l’envie est entré dans l’un de ses membres, avec la tristesse, le ressentiment des cœurs et les commérages. »

Cette jalousie « divise la communauté » : « Quand une communauté chrétienne – certains de ses membres – souffre d’envie, de jalousie, elle finit par être divisée : l’un contre l’autre. C’est un venin très fort, que l’on trouve dans les premières pages de la Bible avec Caïn ».

Le pape a invité à prier « pour les communautés chrétiennes, pour que cette graine de jalousie ne soit pas semée parmi nous, pour que l’envie ne s’installe pas dans notre cœur, au cœur de nos communautés et qu’ainsi, nous puissions aller de l’avant en louant le Seigneur, dans la joie ». Avec Hélène Ginabat pour la traduction

"Perdez tout dans la vie, mais pas votre relation avec Jésus"

 

Homélie du matin, 11 janvier 2014

Rome, 14 janvier 2014 (Zenit.org) Salvatore Cernuzio, Anne Kurian

 

« Perdez tout dans la vie, mais ne perdez pas cette relation avec Jésus Christ » : c'est l'exhortation du pape François aux prêtres, lors de la messe du 11 janvier 2014.

Des prêtres de Gênes, venus avec leur évêque, le cardinal Angelo Bagnasco, ont participé à la messe matinale du pape, en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe.

« Aujourd’hui, je vous souhaite ceci : perdez tout dans la vie, mais ne perdez pas cette relation avec Jésus Christ ! C’est votre victoire », les a-t-il exhortés durant son homélie : « C'est le centre de notre vie, s’il n’y a pas cela, nous perdons tout. Et que donnerons-nous aux gens ? ». 

Pour le pape, le « vrai prêtre », reste « en relation étroite avec Jésus ». Ce « vrai prêtre » n'est certes pas sans péché : « Nous les prêtres avons tant de limites: nous sommes tous des pécheurs, tous ».

Mais si le prêtre « adore Jésus Christ, parle avec Jésus-Christ, cherche et se laisse chercher par Jésus Christ » alors il est « un bon prêtre ». Sa « force » repose sur le lien direct avec le Christ, « la pierre de comparaison pour les prêtres ».

Le pape a rendu hommage aux « prêtres qui ont donné leur vie comme prêtres », des prêtres au sujet desquels les baptisés disent : « Mais oui il a mauvais caractère, il a ceci, cela… mais c’est un prêtre ! ».

« Et les gens ont du flair! », a-t-il fait observer : « quand ils se trouvent devant des prêtres idolâtres » qui « vénèrent le dieu Narcisse », ils commentent « avec souffrance : ‘Ce prêtre est un fanfaron, toujours dans les vanités... Il n’est en relation avec Jésus Christ' ».

C'est « un prêtre qui a perdu l’onction : il est poisseux » : « Quand un prêtre s’éloigne de Jésus Christ il peut perdre l’onction. Il compense par d’autres attitudes mondaines. D’une personne ointe, il finit par devenir poisseux ».

Ce prêtre met son énergie « dans les choses artificielles, dans les vanités, dans une attitude, dans un langage mièvre ». Il peut devenir « affairiste », « entrepreneur » : « Que de mal ces prêtres poisseux font-ils à l’Eglise ! »

Le pape a invité les prêtres à se demander souvent « quelle est la place de Jésus Christ dans ma vie sacerdotale ? Ma relation avec Lui est-elle la relation d’un disciple avec son Maître, de frères ? », ou s’agit-il d’une relation « un peu artificielle, qui ne vient pas du cœur ?     

Transmettez la foi aux enfants !

 

Le pape baptise 32 bébés
Rome, 12 janvier 2014 (Zenit.org) Anita Bourdin

 

Le pape François demande aux parents qui ont choisi le baptême pour leurs enfants de toujours réfléchir « à comment transmettre la foi aux enfants ».

Comme c’est la tradition depuis 1989, lors de la fête du Baptême du Christ, le pape François a conféré le sacrement du baptême à 32 bébés – 18 filles, 14 garçons – ce dimanche matin, 12 janvier, à 9 h 30, en la chapelle Sixtine : la majorité des parents travaillent au Vatican.

La messe au cœur de la laquelle les baptêmes ont été célébrés a duré près de deux heures : dans son homélie, le pape a encouragé les mamans à leur donner le biberon s’ils avaient faim !

Transmettre la foi aux enfants

Le pape a fait le lien entre le baptême de Jésus et le baptême des petits enfants aujourd’hui : « Jésus, a expliqué le pape, n’avait pas besoin d’être baptisé, mais les premiers théologiens disent que par son corps, par sa divinité, il a béni toutes les eaux, afin que les eaux aient le pouvoir de conférer le baptême. Et avant de monter au Ciel, Jésus nous a dit d’aller dans le monde entier pour baptiser. Et depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui, la chaîne a été ininterrompue : on a baptisé les enfants, et les enfants des enfants, et les enfants… Et aujourd’hui encore, cette chaîne continue. Ces enfants sont l’anneau d’une chaîne. »

« Vous, les parents, vous avez aujourd’hui un enfant – garçon ou fille – à baptiser, mais dans quelques années, ce seront eux qui auront un enfant à baptiser, un petit-enfant… Il en est ainsi de la chaîne de la foi ! Qu’est-ce que cela signifie ? Je voudrais vous dire une seule chose : vous êtes ceux qui transmettent la foi, les transmetteurs. Vous avez le devoir de transmettre la foi à ces enfants. C’est le plus bel héritage que vous leur laisserez : la foi ! Cela seulement. »

Voilà la recommandation centrale, sur laquelle le pape est revenu aussi au cours de la liturgie : « Aujourd’hui, emportez chez vous cette pensée : nous devons être des transmetteurs de la foi. Réfléchissez à cela. Réfléchissez toujours à comment transmettre la foi aux enfants.»

Le pape s’est interrompu un moment : « Aujourd’hui, le chœur chante, mais le chœur le plus beau, c’est celui des enfants qui font du bruit. Certains vont pleurer, soit parce qu’ils ne sont pas à l’aise, soit parce qu’ils ont faim : s’ils ont faim, vous, les mamans, ne vous en faites pas, donnez-leur à manger, parce que ce sont eux les protagonistes ici ! »

Puis il a repris : « Et maintenant, avec cette conscience d’être des transmetteurs de la foi, continuons la cérémonie du baptême. »

Le pape a lui-même fait le signe de la croix sur chaque enfant avant le baptême et il a lui-même versé l’eau du baptême sur le front des 32 enfants, au Nom de la Sainte Trinité.

Les prénoms plébiscités

Les autres rites, notamment les rites « explicatifs » effectués après le baptême ont été faits par les parents (les papas ont allumé les cierges au cierge pascal, pour signifier le don de la Lumière du Christ aux enfants) ou par des concélébrants (comme l’onction de Saint-Chrême sur le front, la remise du vêtement blanc, l’onction de l’Effata sur les oreilles et la bouche des enfants).

Quels sont les prénoms plébiscités ? Trois petites filles portent le nom du pape (Francesca (2), une Emma-Francesca), un petit garçon porte le nom du Successeur de Pierre (Pietro). Mais les noms restent très variés et assez classiques : Roberto, Davide, Federico, Lorenzo, Gabriel (2), Alessandro, Fabrizio, Mattia(2), Tommaso, Benedetta, Noemi, Giulia, Bianca, Sofia (3), Elisabetta, Samuel. Il y a aussi un moins classique Giordano (comme le fleuve Jourdain), un Oli-José, une Flora, une Aurora, une Ludovica. Et des composés du nom de la Vierge Marie : Angelica-Maria, Maria-Vittoria, Maria-Allegra.

Mois d'AVRIL :

PASSION DU CHRIST

Stella Maris
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